Un 8 mai 1945 et des leçons

Eût-il été né ce jour-là, il pleurerait ce jeudi son soixante troisième anniversaire. Seuls des Algériens et des Français âgés de plus de 73 ans peuvent avoir conservé des souvenirs de cette page sanglante de l’histoire de ces deux pays. Faut-il encore en parler ? Certes non, si c’est pour entretenir la haine ; oui, à condition de poser les bonnes questions.

 Bien sûr, les banderoles portaient les inscriptions « Vive l’indépendance – Libérez Messali » Les dirigeants nationalistes ne prêchaient pas la guerre sainte mais pour les exécutants livrés à l’ignorance par le régime colonial fallait tuer des non musulmans.

Des dirigeants politiquement incultes et irresponsables avaient pris le risque d’ordonner à des poignées de militants mal armés d’attaquer des casernes puis donnèrent un contre ordre qui évita d’autres bains de sang. A l’époque, les communistes algériens purent affirmer que les nationalistes extrémistes étaient manipulés par les fascistes.

Les premiers responsables sont des policiers français qui ont tiré sur les manifestants à Sétif mais les Algériens se sont vengés sur des civils français innocents. Il ne faut pas oublier que ces assassinats ont été commis par des Algériens au nom du djihad. Il fallait tuer tous les Français (hommes ; femmes, enfants) qui se trouvaient à portée d’armes à feu ou d’armes blanches, à cause de leur qualité de roumis c.à.d. de chrétiens appartenant à cette « race qui dominait, exploitait et humiliait les Algériens. »

Les autorités françaises perdirent leur sang froid. Au lieu de rechercher et de punir les auteurs des assassinats, elles déclenchèrent une répression aveugle qui fit des milliers de victimes parmi lesquelles une majorité de civils innocents (hommes femmes et enfants.)

De nombreux livres et articles ont été écrits sur cette tragédie. Le mieux documenté, le plus objectif, est le livre de Roger Vétillard édité en 2008 par les Editions de Paris. L’auteur et ses parents vivaient à Sétif en 1945. Pendant plus de dix ans l’auteur a lu des ouvrages et interviewé toutes sortes d’acteurs et de témoins de cette période sombre. Pour la première fois, un Français décrit le contexte et met en évidence la part de responsabilité des autorités coloniales et reconnaît les excès de la répression. Très attaché à l’Algérie, le docteur Vétillard devait se rendre à Sétif en avril 2008 sur l’invitation d’anciens camarades de son lycée mais des menaces de troubles proférées par des Algériens à l’esprit étroit l’en ont dissuadées.

Ni l’Algérie, ni la France de 2008 ne sont celles de 1945. La France a abandonné sa colonie après 7 ans de guerre. Devenue indépendante en 1962, n’a donné la prospérité et la liberté qu’à la minorité qui détient le pouvoir et/ou l’argent. En 1945, les nationalistes algériens voulaient jeter les Français à la mer. En 2008, de jeunes algériens se jettent à la mer au risque de leur vie pour aller vivre en France : cruel retournement de l’histoire. En 1945 l’université d’Alger comptait une poignée d’étudiants algériens, souvent nationalistes. En 2008, les étudiants algériens se comptent par milliers mais tous ou presque aspirent à poursuivre leurs études en France. Ceux qui y parviennent ne veulent plus retourner en Algérie.

Aujourd’hui, les Français ne rêvent pas de conquêtes militaires. Dans l’Afrique du Nord et particulièrement dans l’Algérie enrichie par les hydrocarbures ; ils voient un terrain approprié pour leurs exportations de marchandises de toutes sortes et leurs investissements.

L’Algérie de 2008 connaît un peu partout des émeutes (Berriane, Tiaret, Gdyel ; El Asnam) suivies de répression (arrestations et emprisonnement.)

Les deux principales causes qui ont fait de l’Algérie ce qu’elle fut, c’est-à-dire un pays sous développé, passant d’une colonisation à l’autre, à savoir l’arabisation et l’islamisation, continuent à la maintenir dans le sous développement malgré les milliards de dollars de réserves.

En conséquence, il ne sert à rien de commémorer le 8 mai 1945 de façon négative Il suffit d’en tirer des leçons. Par exemple, comment gouverner un pays pour que ses enfants n’aient plus l’envie de le fuir, comment l’organiser pour que ses gendarmes n’aient plus à tirer à balles meurtrières sur des manifestants.

Il faut également envisager des relations harmonieuses et amicales avec la France, ce pays où vivent des millions des nôtres.

En France, une petite partie de l’opinion s’apitoie sur le sort des anciens harkis. De notre côté, nous devons tendre une main fraternelle aux anciens rapatriés d’Algérie et à leurs enfants qui, malgré les blessures de l’histoire, ont encore l’Algérie au cœur.

Hocine Benhamza