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Qu’a-t-on fait de Michael Jackson ?

De la Motown à l’hôpital Ronald Reagan (ça ne s’invente pas !), Michael Jackson a connu une trajectoire exceptionnelle pour une bien triste vie. Il faut se souvenir de ce jour, le dernier peut être où autant de monde en même temps se souvient… d’un musicien.

Au delà des dégoulinances et des raccourcis historiques consternants, Michael Jackson fait mourir avec lui une certaine notion d’universalité dans la pop music qu’il a engendré pour le meilleur, pour le pire et, supposons le, pour sa perte. France Inter s’est montrée, comme assez souvent, assez pertinente dans son traitement de l’information. Il a notamment été fait allusion sur ses ondes du vieux rêve de Berry Gordy (le fondateur du label Motown) : créer une musique, positive, capable de rassembler les communautés au-delà des couleurs de peau. Sans avoir recours à la caricaturale chanson “Black Or White“ pour illustrer le propos, on peut dire que Michael Jackson a démesurément exaucé le souhait du vieux nabab.

Ce que Gordy ne mesurait évidemment pas, c’est l’effroyable expérience digne de Frankenstein que le père de Michael Jackson, relayé par l’industrie du disque, puis la société occidentale avide de consumérisme effréné et de star system allait faire de ce gamin génial mais paumé. Comme pour beaucoup d’artistes, son instinct et son insouciance valaient de l’or. Il en a récolté les fruits, mais il n’a jamais pu aller au-delà, devenir cet artiste “mature“ que les plus grands parviennent à devenir. Jackson n’en était certainement pas capable psychologiquement, mais était-ce acceptable également pour le mainstream ?

Les concerts du come-back n’auront donc jamais lieu mais quel but avaient-ils ? Observer à la loupe la souplesse du “Moonwalk“ du cinquantenaire ? Il est heureux que Michael Jackson aie tenu jusqu’à 50 ans en étant un tel réceptacle à fantasmes. Aujourd’hui, alors qu’on pense au destin du défunt, il est intéressant de se poser cette question simple : est-ce si enviable d’être pété de fric, charismatique à l’extrême, talentueux et être reconnu pour cela ? Plus que quiconque, Michael Jackson a incarné cela. Mais en terme d’expérience humaine, quelle monstruosité. Il était l’icône des années 80, les années de l’argent roi et de la dictature de la performance. Non seulement les gens aimaient sa musique mais le matraquage de ses clips véhiculait l’image du super héros, gagneur et positif. Voilà pourquoi c’est une belle ironie qu’il soit mort dans l’hôpital portant le nom du président Reagan, symbole ultime de cette philosophie absurde de la loi du plus fort et de la puissance incarnée.

On a beaucoup ressassé les chiffres de ventes des disques de Michael Jackson. C’est la preuve qu’il a aussi été le symbole de la prospérité de l’industrie du disque. Cette notion a évidemment disparu aujourd’hui (heureusement Hadopi arrive pour rétablir les valeurs). La musique se produit avec un budget plus réduit qu’à l’époque des classiques de Michael Jackson mais au-delà de cela, c’est l’ambition qui s’est considérablement réduite. On est revenu, à cause de l’économie, à cause d’internet, à la musique de niche. Une musique d’étiquette avec pas mal d’ignorance entre les “communautés culturelles“. Michael Jackson restera peut-être à jamais celui qui aura le plus universellement fédéré les populations et les cultures autour d’une musique. On peut juger de sa qualité, mais son impact lui restera indiscutable. Quant à l’image à garder, qu’on me permette de préférer celle du gamin qui s’amusait avec ses frères sur l’air de “I Want You Back“ à celle de l’édifiante statue immortalisée sur la pochette de l’album “HIStory“.

Benjamin Durand
VoxPop à retrouver chez les marchands de Journaux

Commentaires

1 Message

  1. Michael Jackson, a incarné pendant longtemps la pop musique, et ce dans l’universalité. Et il est mort par hasard, dans l’hopital Ronald Reagan, lui meme Artiste avant d’etre President. Michael, comme tant d’autres est tombe dans le piege de la celebrité. La celebrite elle meme, n’est plus comme celle d’avant, elle est devenue une industrie. L’industrie de la pop rejoint malheureusement celle de la salle obscure. (cinema). La chute est souvent fatale, c’est la descente aux enfers. Des exemples, ne manquent pas, les beatles, Elvis, James Dean etc... Finissons ce commentaire difficile en oubliant les interets et les capitaux.

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