Bélaïd At Ali est mobilisé

A la mobilisation de 1939, Belaïd At Ali participe à la campagne de Tunisie, sur la ligne Mareth : il y gagne le scorbut et y perd toutes ses dents. Un jour, en 1943, son régiment doit embarquer pour la Corse : il veut, comme d’autres de ses compagnons, tirer une bordée avant de partir pour « le casse-pipes » : il évite de déranger le poste de garde et passe trois jours dans les vignes du Seigneur : quand il a fini de cuver son vin, le corps expéditionnaire a levé l’ancre. II est donc déserteur… et sans le sou. Il vend son uniforme et endosse un complet d’occasion qu’il vendra, par la suite, pièce par pièce… pour boire. Belaïd At Ali avait, depuis quelques années, contracté le vice de la bouteille, ce qui l’amena à être cassé, – deux fois, dit-on, – de son grade.

Il regagne Alger où il est plus facile, semble-t-il, de disparaître dans la masse. Il y vivra la vie des clochards. Il a écrit des souvenirs de cette période :

« Décembre 1943, Alger, Bab-El-Oued. Par une nuit d’ivresse parfaite, Popeye, (c’est son plus récent sobriquet), s’est fait dévaliser, complètement déshabiller par ses agresseurs. Il se réveille pour se retrouver, le lendemain, dans l’entrée d’un immeuble et vêtu d’une seule chemise, (une blanche, cadeau de son ami, Vou-llevsa-tamellalt). Impossible de sortir dans la rue en pareille tenue. La concierge, d’abord effrayée, puis pitoyable, lui donne tout ce qu’elle peut : un sac de jute qui pourrait contenir un quintal de blé, il est sauvé ! Enroulé autour de la taille, le sac a l’air du tablier de travail des débardeurs ; Popeye peut circuler… Huit jours après, Popeye a trouvé un vieux « couffin » crevé. Après l’avoir raccommodé, il y met tout ce qu’il trouve dans les poubelles : vieilles chaussures, épingles, fourchettes, cuillers, quelquefois argentées, jetées par mégarde, boites vides de conserve utilisables… Entre-temps, il a aussi trouvé une vieille toile cirée qu’il a attachée autour de ses épaules en guise de veste ; avec un fond de chapeau de dame sur la tête, la barbe qui convient, il peut se mêler à la « Cie des Cloches »…

Bientôt, las de cette vie dont il a honte, il rentre en Kabylie, retrouve à Azrou sa vieille mère et un de ses frères, Tayeb, qui vient de se marier.

II faut vivre… Que faire dans un pays si pauvre ? Dahbia retire à peine 5.000 Fr par mois de son café de Michelet ; Tayeb At Ali va travailler à Alger. Belaïd At Ali est embauché sur le chantier de construction d’une usine électrique. Il n’a pas jusque-là, travaillé beaucoup de ses mains, mais, comme il sait lire et écrire, on fait de lui un garde-magasin, ce qui lui laisse tout le loisir qu’il peut souhaiter pour lire, jouer de la mandoline, dessiner, (il manie assez bien le crayon pour faire un portrait ressemblant de son chef de chantier)… Est-ce un nouveau départ ? Ce serait trop beau ! Comme il n’a pu cesser de boire, il est remercié après quelques mois.

A la maison, Tayeb At Ali, après quelque temps de mariage, a répudié sa femme et est retourné en France. Belaïd At Ali reste donc avec sa mère. C’est une femme dont le caractère aigri rend le commerce difficile, même pour un fils, qui n’est pas commode lui non plus. Après une série d’escarmouches de plus en plus violentes, c’est la mère qui quitte le terrain et se retire chez une de ses sœurs, à Saint-Eugène.

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