Bélaïd At Ali seul et sans ressources

Bélaïd At Ali vit dans la crainte d’être arrêté car les gendarmes passent souvent à Azrou, à la recherche de militants nationalistes.

La vie est dure ; le ravitaillement, (on dit maintenant boutayma pour désigner ce nouvel ordre de choses imposé par la guerre), le ravitaillement est difficile. Belaïd At Ali n’a, pour vivre, que les maigres rétributions qu’il reçoit de quelques illettrés pour écrire leur correspondance. Un ami s’efforce de le tirer d’embarras en lui fournissant quelques denrées : des lentilles, (dont la consommation est une innovation dans le pays), des pommes de terre, un peu de pain, des figues sèches, (qu’il apprend à faire cuire : il n’a plus de dents), et même, complément précieux, indispensable, du café et des cigarettes, ces bienheureuses cigarettes qui, parcimonieusement fumées par fragments, lui tiennent compagnie pendant les longues nuits de rédaction ou de rêverie ; car c’est à cette époque de réclusion qu’il écrit ses récits, ses poèmes et complète, par des « lectures en tout genre » ce qu’il appelle sa « culture de marché aux puces ».

La roue tourne… Dahbia, lasse de la ville et, même, « rappelée, dit-elle, par le gardien spirituel de sa maison », revient à Azrou. Tayeb At Ali, qui n’a pas trouvé en France un travail assez rémunérateur, rentre aussi au pays : cela fait, pour Belaïd At Ali, une carte d’identité qui tombe à pic et qui va lui permettre de se risquer au moins à Michelet. Il y vit de petites industries, comme celle de peintre d’enseignes, mais, aussi, y boit de bons coup, ce qui le ramène, une fois de plus, aux prises avec la gendarmerie locale, composée heureusement de bons garçons qui s’amusent des réparties d’un prévenu ressemblant plus à un titi parisien qu’à un paysan kabyle. Mais, la belle saison passe. A ce moment, Tayeb At Ali reprend le bateau, – et sa carte d’identité, – pour retourner à Paris et la vieille Dahbia « redescend » à Alger. Que va faire Belaïd At Ali ? Il en a assez de vivre seul et enfermé ; il a aussi le dégoût, passager, du pays, de la mentalité du village : il consentirait à vivre comme un ours, à condition qu’il fût libre.

D’un premier lit, la mère de Belaïd At Ali avait un fils, Mohand-Saïd, qui avait épousé une Française et s’était établi au Maroc comme agent d’affaires. Belaïd imagine que ce demi-frère, qu’il connaît à peine, pourra le caser dans quelque administration. De Michelet, il se rend à Bougie et parvient, de là, par on ne sait quels moyens, à Oujda. D’Oujda à Rabat, il fait le trajet à pied. Son demi-frère l’accueille, l’habille mais doit bientôt éloigner de chez lui un hôte si peu recommandable.

à suivre…

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