Ben Badis, Latrèche, honorés par la France

Ce compte-rendu de séance vous éclairera sur des individus comme Ben Badis, Latrèche, Reguieg, Ben Abdallah, Ghorab qui sont honorés par l’Algérie indépendante. Personnages qui pourtant travaillaient main dans la main avec la France coloniale au point d’être décorés et félicités pour services rendus à l’occasion de la commémoration du Centenaire de  la colonisation de l’Algérie.

Gouvernement général de l’Algérie – Délégations financières algériennes

Séance du vendredi 21 Novembre 1930.

La séance est ouverte à 15 heures, sous la présidence de M. SISBANE, Président, assisté de MM. BEN ABDALLAH, assesseur, et GHERSI, secrétaire.

MIRANTE, Directeur des Affaires Indigènes, assiste à la séance en qualité de Commissaire du Gouvernement. ‘

Tous les membres de la Section sont présents, à l’exception de M. Reguieg, excusé.

LE PRÉSIDENT. – J’ai l’agréable devoir de réparer une omission qui s’est produite hier, et qui provient de ce que je n’avais pas sous les yeux la liste de nos collègues bénéficiaires, à l’occasion de la commémoration du Centenaire, de distinctions différentes.

Ce sont : MM. Ben Badis, qui a été élevé à la haute dignité de grand officier, Latrèche et Reguieg, nommés commandeurs, Ben Abdallah, officier, et Ghorab, chevalier dans l’ordre de la Légion d’Honneur.

Que ces collègues me permettent de leur dire, en votre nom à tous, Messieurs, toute la joie que nous avons ressentie en apprenant qu’ils avaient été l’objet de ces hautes distinctions, et de leur présenter l’expression de nos félicitations les plus affectueuses.

MM. Ben Badis, Latrèche, Reguieg, Ben Abdallah et Ghorab. Chacun d’eux a fait preuve, depuis qu’il siège au sein de cette assemblée, d’un dévouement à la cause publique, qui n’a d’égal que son attachement à notre patrie commune, la France. (Applaudissements.)

En honorant ceux de nos collègues qui en sont les bénéficiaires, ces décorations honorent toute la section arabe.

Vous me permettrez, Messieurs, de remercier M. le Gouverneur général et son collaborateur immédiat en la matière, notre sympathique Directeur des Affaires Indigènes, M. Mirante, d’avoir su récompenser ceux de nos collègues qui ont véritablement bien mérité de la Patrie.

En leur nom, Monsieur le Directeur et bien cher ami, permettez-moi de vous assurer une fois de plus de notre affectueux dévouement et de vous dire combien nous apprécions hautement votre précieuse collaboration.

Nous avons admiré la haute compétence et la conscience avec lesquelles vous remplissez les fonctions délicates de Directeur des Affaires indigènes, fonctions qui – il faut bien le dire – constituent le pivot de la politique algérienne.

Au nom de mes collègues, permettez-moi, Monsieur le Directeur, de vous adresser à cette occasion tous nos remerciements et de vous assurer encore de notre affectueuse amitié. (Applaudissements)

MIRANTE, commissaire du gouvernement. – J’associe de tout cœur l’Administration aux compliments qui viennent d’être adressés, en termes particulièrement heureux par votre Président, à ceux d’entre vous qui ont obtenu de hautes distinctions honorifiques, à l’occasion de la commémoration, du Centenaire.

J’ai été personnellement très heureux – croyez le bien – de pouvoir appuyer auprès de M. le Gouverneur général les titres des membres distingues de cette assemblée qui viennent d’être récompensés par le Gouvernement de la République, titres importants qu’ils s’étaient créés à sa reconnaissance.

Nous connaissons depuis longtemps mon vieil ami, M. Ben Badis, mes amis MM. Latrèche et Reguieg. Nous savons tous avec quel dévouement et aussi avec quelle compétence ils siègent dans cette Assemblée.

L’Administration se félicite pleinement de trouver en vous des collaborateurs qui, tout en ayant le sentiment très vif de leur devoir de délégués de la population indigène, savent les faire concilier avec leur attachement profond à l’Administration et à la France.

Lorsque des personnalités du monde politique ou journalistes viennent en Algérie étudier sur place les progrès que nous avons accomplis dans ce pays, leur attention se porte tout naturellement  vers les élus.de la population indigène, et en particulier vers ceux d’entre eux qui siègent aux Délégations financières et qui sont l’expression la plus élevée de cette représentation.

Véritablement, l’Administration peut être fière de trouver dans votre assemblée des personnalités aussi éminentes, qui représentent avec une distinction réelle la population musulmane de ce pays.

Messieurs, après avoir joint les félicitations de l’Administration et mes compliments personnels à ceux que vous adressait tout à l’heure M. le Président, vous me permettrez de vous dire aussi combien je me félicite de retrouver mon ami Sisbane au fauteuil présidentiel qu’il occupe, je ne crains pas de le dire, avec un rare bonheur.

Les membres du Gouvernement venus en Algérie à l’occasion des fêtes du Centenaire, les personnalités éminentes qui, sans faire partie du Gouvernement, appartiennent cependant à l’élite de la mère patrie, ont particulièrement remarqué les discours prononcés par votre Président.

Ces discours ont été pour eux une véritable révélation ; ils ne soupçonnaient pas que parmi les indigènes d’Algérie il s’en fût trouvé d’aussi cultivés, d’aussi distingués. Et si nous avions dû, nous, administration, citer des exemples de l’œuvre morale accomplie par la France dans ce pays, eh bien, vous ne serez pas surpris de m’entendre dire que nos regards se seraient tournés vers M. Sisbane, qui est l’exemple vivant de cette œuvre magnifique dont la France s’enorgueillit.

C’est pourquoi, mon cher Président et Ami, il m’est particulièrement agréable de vous saluer à la place que vous occupez si bien.

Je voudrais aussi, Messieurs, vous exprimer toute ma gratitude pour les paroles que votre Président, parlant tant en votre nom qu’en son nom personnel, m’adressait tout à l’heure.

L’Administration des indigènes est une Administration difficile, difficile pour tous mes collaborateurs et difficile pour moi-même. En accomplissant notre devoir, nous ne récoltons pas toujours seulement des satisfactions; les roses qui nous entourent ont souvent .des épines ; mais tout cela est négligeable. La satisfaction du devoir accompli plane sur tout le reste : la seule gratitude que nous désirons, c’est celle, que vous venez de m’exprimer en termes qui m’ont profondément touché.

Je vous remercie de l’affection dont vous m’honorez. : un des meilleurs souvenirs que j’emporterai de ma longue carrière, c’est celui de vous avoir toujours aimés et de vous avoir toujours loyalement et fidèlement défendus quand vous le méritiez.

Voilà ce que je retiendrai d’une carrière de près d’un demi-siècle passée tout entière au milieu de vous.

C’est vous dire, mes chers amis, toute l’affection que je vous garde, une affection véritable, une affection profonde qui durera autant que moi.

Encore une fois, merci ! (Vifs applaudissements)

 

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