Comment gouverner l’Algérie?

L’Algérie n’est pas une possession superflue, c’est un complément nécessaire pour la France. Cette colonie offre, à la population croissante de sa métropole, un territoire riche en produits qui lui manquent ; elle assure sa prépondérance sur la Méditerranée, elle entraîne forcément sa politique dans une voie dont elle n’aurait dû jamais s’écarter. […] Le rôle de la France ne peut que grandir après avoir ouvert tout un continent et vaincu les disciples de Mahomet dans leurs inaccessibles retranchements. Ce triomphe, le seul vrai des temps modernes, est pour elle le présage des plus illustres destinées en Orient, au jour marqué par la Providence pour le complet affranchissement du monde. Cependant la France semble avoir accompli malgré elle sa glorieuse conquête, et aujourd’hui encore elle la considère comme une charge onéreuse ; elle doute qu’elle puisse coloniser l’un des plus riches héritages de l’antiquité ; elle désespère de ramener la civilisation là où le christianisme avait eu de si brillants débuts. Depuis plus de vingt ans, en effet, que l’armée française a planté son drapeau sur le rivage africain, sa domination ne s’est guère manifestée que par des carnages, des ruines, des déceptions pour tous ceux qui, les premiers, avaient eu foi dans la France. Est-ce à dire que l’armée ait eu tous les torts? est-ce à dire que parce qu’elle a méconnu longtemps la plus belle mission qu’elle ait encore reçue, elle ne puisse désormais la remplir?

Si nous sommes forcés d’y dévoiler la vérité, ce ne sera pas pour faire une oiseuse critique, mais un utile examen de conscience. Les premières fautes en entraînent toujours d’autres. Plus on veut les dissimuler, plus on les aggrave et plus on les multiplie ; tandis qu’une confession sincère, en faisant tout pardonner, a l’avantage de dégager complétement l’avenir du passé, et de donner libre carrière au bien. Nous ne parlerons du reste qu’avec discrétion : il n’est pas nécessaire pour faire comprendre le mal de dérouler le tableau de toutes les misères humaines. Bien que nous cherchions à éviter les personnalités, des noms honorables se trouveront peut-être fâcheusement impliqués dans les récits que nous allons faire : nous espérons qu’on voudra bien excuser nos aveux en considération de l’intérêt général qui les réclame. D’ailleurs, il est assez difficile de séparer les hommes des faits dont ils sont les acteurs. Mais toutes les fois que l’occasion s’en présentera, nous les laisserons parler eux-mêmes. Sortant de la bouche des militaires agents responsables de la guerre et du gouvernement de l’Algérie, la vérité n’en sera que plus authentique, et les aveux n’en seront que plus salutaires.

Un auteur du XIXe siècle,

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