Idéologie et politique en Algérie

Nous vous soumettons une étude sur l’Algérie réalisée durant  le diktat de Mohamed Boukherouba alias Houari Boumediene. Cette étude sera publiée en plusieurs parties.

Algérie sous Boumediène (I)

On a coutume de présenter les sociétés industrielles comme des sociétés non idéologiques du fait de la montée de la rationalité technique, cependant qu’au contraire la politique des sociétés sous-développées apparaît toute entière baigner dans un climat idéologique. Il n’est pas dans notre propos d’apprécier la validité (bien douteuse) de la première partie du raisonnement, mais seulement d’en serrer de plus près la seconde partie, à partir de l’exemple algérien.

L’importance de l’idéologie a été soulignée par Frantz Fanon :

La libération de l’individu ne suit pas la libération nationale. Une authentique libération nationale n’existe que dans la mesure expresse où l’individu a amorcé irréversiblement sa libération. Il n’est pas possible de prendre ses distances à l’égard du colonialisme sans en même temps en prendre à l’égard de l’idée que le colonisé se fait de lui-même à travers le filtre de la culture colonialiste[1].

Il s’ensuit que :

Il s’ensuit que le colonialisme et ses dérivés ne constituent pas à vrai dire les ennemis actuels de l’Afrique. A brève échéance ce continent sera libéré. Pour ma part, plus je pénètre les cultures et les cercles politiques, plus la certitude s’impose à moi que le grand danger qui menace l’Afrique est l’absence d’idéologie[2].

Les dirigeants algériens n’ont jamais manqué une occasion d’insister sur la nécessité d’un effort d’élaboration idéologique : si depuis la Charte d’Alger, adoptée en 1964, par le premier, et unique, congrès du Front de Libération nationale depuis l’indépendance, aucun texte fondamental n’a été présenté; l’urgence de « grands débats » orientant les choix politiques est périodiquement réaffirmée; le pragmatisme et l’empirisme dont certains gouvernements africains, tel celui de Madagascar, se vantent à l’occasion, sont considérés par les Algériens comme porteurs d’une idéologie néo-colonialiste implicite : sur ce point les leçons de « l’idéologie allemande » ont porté leurs fruits.

Il ne paraît cependant pas nécessaire, dans le cadre limité de cet article, de procéder à un examen préalable des programmes officiels. Au demeurant les grands traits en sont bien dessinés primauté du parti unique, rôle de l’Armée « gardienne » de la Nation, décentralisation des collectivités locales, nationalisation des grands moyens de production, encouragement du capital national sous d’assez sérieuses réserves, encadrement sévère du capital étranger, « révolution agraire » souvent remise mais toujours fermement promise[3] (Témoin le récent discours du colonel Boumediène aux présidents des Assemblées populaires communales

« Parmi les autres objectifs qui figurent dans le plan quadriennal nous citerons également la réalisation de la révolution agraire. Je tiens à préciser qu’il s’agit bien de “révolution” et non de “réforme” car en ce qui concerne la réforme agraire notre pays n’a pas manqué d’en entreprendre l’application depuis déjà de nombreuses années. »,

affirmation enfin de la personnalité arabo-musulmane de l’Algérie. L’examen des grands thèmes de la culture politique nous semble plus important pour dessiner ensuite les contours de l’idéologie algérienne et apprécier son influence politique.

[1]  El Moudjahid, 16 avril 1958.

[2] Journal de bord, Sahara, été 1960.

[3] Témoin le récent discours du colonel Boumediène aux présidents des Assemblées populaires communales (Révolution Africaine, n° 312, 14-20 février 1970). « Parmi les autres objectifs qui figurent dans le plan quadriennal nous citerons également la réalisation de la révolution agraire. Je tiens à préciser qu’il s’agit bien de “révolution” et non de “réforme” car en ce qui concerne la réforme agraire notre pays n’a pas manqué d’en entreprendre l’application depuis déjà de nombreuses années. »

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *