Ironie du sort

Ce matin j’ai rencontré Mouloud, une vieille connaissance. Habituellement très calme, il était quelque peu nerveux. J’ai vite compris qu’il était à un questionnement, auquel il ne trouvait pas de réponse.

Mouloud a connu la guerre d’Algérie. Il a perdu son père durant cette même guerre, mort pour libérer l’Algérie du joug colonial. Le temps a passé, la déception grandissante a cédé la place à l’euphorie qui a suivi la proclamation de l’indépendance. L’Algérie dont rêvait son père a tardé à se faire, pire, elle a pris le sens inverse. La preuve, ses enfants ont grandi. L’un après l’autre ils sont partis étudier en France. Mais voilà, quand on a posé les pieds en France, on ne revient pas dans son pays, l’ancienne colonie française.

Et puis le temps a passé. Ses enfants ont, l’un après l’autre, acquis la nationalité française. Il se dit : « Ma parole il y a quelque chose qui merde là. Ce n’est pas possible. Comment on est en arrivé là. Si mon père pouvait savoir, il chialerait dans sa tombe ». Mouloud déambule dans les rues, comme si le ciel lui était tombé sur la tête. « À quoi donc a servi cette putain de guerre, à quoi donc a servi le combat et la mort de mon père et de tous les autres », n’a-t-il cesse de se répéter. Il y a bien quelque chose qui cloche, et qu’il n’arrive pas à saisir. Il est complètement déboussolé. Est-ce possible ? Les petits-fils d’un chahid devenus français. Des Algériens, des Kabyles orphelins de guerre, qui renoncent à leur nationalité, au profit de celle de l’ancien colonisateur. Quel paradoxe !

Ce pays, l’Algérie, pour lequel sont morts des milliers d’hommes et de femmes, est-il donc malade à ce point ! Mouloud veut bien qu’on l’éclaire. Comment se fait-il que ce pays, ce beau pays, ce riche pays, n’a-t-il pas été capable de donner un enseignement de qualité à ses enfants, soixante ans après sa libération ? Comment ce pays s’est-il arrangé pour laisser ses enfants partir sous d’autres cieux pour étudier, y rester et prendre la nationalité de leur pays d’accueil, l’ancien colonisateur. Qu’a donc fait ce pays pour que ses enfants étudient dans leur pays, y demeure pour le bâtir et y vivre ? Rien donc.

J’ai dit à Mouloud, pour le consoler : « Tu sais Mouloud, l’Histoire c’est l’Histoire, il arrive un moment où il faut tourner la page. Au jour d’aujourd’hui, ton pays, quel qu’il soit, c’est celui qui t’offre la vie dont tu rêves, celui qui te permet de t’épanouir. Ton pays c’est celui qui, au-dessus de tout, te permet de jouir de ta liberté. Cette liberté, sans quoi nous ne sommes rien, absolument rien. L’Algérie n’offre rien de tout ça, c’est la mal vie, c’est la descente programmée vers l’obscurantisme. Alors, mon cher ami, arrête de pleurer, d’avoir des remords, tes enfants sont bien là où ils sont. Et je suis sûr que leur grand-père comprend ça ».

Mustapha Berkani

1 Commentaire

  1. Ton Mouloud, ce n’est pas la personne qui porte le drapeau des algériens quand la France est championne du monde de football dans la foule des bleus?
    Est-ce la résultante de son Histoire, comme qui serait français par intérêt, algérien par son aeuil, musulman et beurbeur/arabe?

    Pour le futur État kabyle son fagnon flotterait-il pour la troisième étoile?

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