L’Algérie à la recherche de son cinéma

En 1975, le cinéma algérien remporte la palme d’or à Cannes pour Chronique des années de braise de Mohamed Lakhdar Hamina. En 1976 c’est au tour de Merzak Allouache d’être remarqué avec son long métrage Omar Gatlato qui évoque pour la première fois, la vie ordinaire d’un Algérois : habitant sur les hauteurs de la casbah, passionné par la musique chaâbi et les films hindous. Omar Gatlato le macho au cœur tendre est interprété par Boualem Bennani. Quarante ans plus tard seulement 3 ou 4 films sont produits par an, le cinéma algérien est sur le déclin. « La difficulté en Algérie est moins de tourner des films que de les montrer, on me demande quand va sortir le DVD, sachant qu’ils sont tous piratés », affirme Merzak Allouache.

A bientôt 70 ans, Boualem Bennani se revoit dans les années 70 arpenter les rues d’Alger, choisir son quartier pour aller voir son film. Il se revoit aussi à la cinémathèque d’Alger croiser les réalisateurs Nicholas Ray ou Youssef Chahine, c’était les années Houari Boumediene… une Algérie muselée où pourtant la culture était présente. Les artistes vivaient en Algérie, s’imprégnaient de la société : Issiakhem pour la peinture, Kateb Yacine pour le théâtre, El anka pour la Musique chaabi… la production cinématographique restait honorable avec une quinzaine de films par an. A cette époque l’Algérie comptait encore quelques 400 salles de cinéma contre une poignée en 2015. Puis les années 80, la présidence Chadli, un hors champ annonciateur de la décennie noire. Les années 90, l’Algérie semble y avoir enterré toute mémoire.

Aujourd’hui, ce sont les années Abdelaziz Bouteflika, les années « fric », le peuple en profite peu, le cinéma pas du tout, manque de financement, manque de scenario, manque de technicien, absence d’imaginaire. « Aujourd’hui il n’y a plus de films qui racontent l’Algérie contrairement au cinéma iranien ou palestinien pourtant ils n’ont pas plus de moyens que nous », dit le réalisateur Amine Kays

Comme le bon vin d’Algérie, le cinéma est destiné à l’export, l’Algérien dit avec malice « Pas grave le cinéma est dans la rue ! »

Avec :

Boualem Bennani , comédien

Abdennour Hochiche , directeur des Rencontres cinématographiques de Béjaia

Abdelghani Raoui , realisateur

Yacine Bouaziz et Fayçal Hammoum , producteurs

Bahia Bencheikh El Fegoun , réalisatrice

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L’équipe

Production
Irène Omélianenko
Réalisation
Guillaume Baldy, Julie Beressi, Assia Khalid, Diphy Mariani, Jean-Philippe Navarre, Christine Robert, Anna Szmuc, François Teste
Avec la collaboration de
Christine Bernard, Alisonne Sinard
Un documentaire de Yassine Bouzar et Rafik Zénine sur France Culture

 

1 Commentaire

  1. Un des derniers a avoir subi la censure, fut Nadir Moknèche avec « Délice Paloma »… qui expliquait au travers du parcours d’une femme ambitieuse les dérives du système de la « tchipa » en Algérie (corruption partout).
    Le réalisateur en fut (et est encore) très marqué… à tout jamais…
    L’une des plus belle scène panoramique d’Alger (et la dernière ?), fut filmée avec amour par ce réalisateur.

    Omar Gatlato va plus loin que le destin d’un algérien lambda, cela explique la tristesse de rentrer dans la vie d’adulte sans aucun espoir, où la société est fermée… d’être obligé de devoir s’engager dans l’armée ou s’enfuir… de tenter de rencontrer l’amour dans des bars remplis d’hommes uniquement… De subir des chefs de bureau aux ambitions staliniennes… On en ressort triste de ce film… La vie nue et sans avenir, de l’époque de Boumédienne, nous claque au visage.

    Un autre merveilleux cri d’amour lancé à Alger, entre douleur et sublime, juste au sortir de la guerre de libération ou d’indépendance (c’est selon) fut le picaresque, l’onirique et poétique « Tahia Ya didou » de Mohamed Zinet.
    La torture, l’innommable de la guerre, sont abordés avec des paraboles inspirées…
    Zinet également fut victime de la censure de l’époque et toutes les bobines du films furent détruites (notamment la bobine master) par les gentils et serviles amis de Boukharouba.

    Une exception ? Non… des centaines de films furent relégués aux rebuts à cette époque et je trouve un peu fort de café que l’auteur de cet article, vénère une telle époque la larmichette à l’oeil et le mouchoir à grands carreaux sortis de sa poche pour se moucher bruyamment.

    Effectivement, durant l’époque Boumédienne la création était encore présente.
    Etait-ce du ressort de ce président anti-kabyles ? Je ne le crois pas… lui était pétri de l’idéal conformiste de « l’homme nouveau »… et militait ardemment pour la Palestine à coups de monnaie sonnante et trébuchante…(chacun sa marotte ou sa danseuse comme on disait).
    Alors, le cinéma pour lui, était plus un médium de propagande qu’autre chose.

    Peut-être (et sûrement) que le cinéma algérien pouvait donner encore des frissons à l’époque… Vous savez, de ces courants d’air de fraicheur déclenchant une délicieuse chaire de poule en les regardant, tout simplement parce que toute la société n’avait pas été contaminée par un fléau mortifère, à savoir la religion.
    D’ailleurs, cela est abordé dans un film, tourné dans les années 80’s, ne traitant pas d’Alger cette fois, mais tourné en Algérie « De Hollywood à Tamanrasset », où les ravages des barbus se font sentir…

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