Migrants vendus en Libye

Esclavagisme en Libye

Des ressortissants marocains pris au piège des prisons libyennes

Des centaines de migrants marocains en route vers l’Europe sont retenus captifs en Libye. Ils implorent le roi Mohammed VI de les rapatrier.

C’est par une vidéo tournée clandestinement que les Marocains ont découvert le drame : des centaines de leurs compatriotes croupissent dans des conditions déplorables dans des prisons libyennes. Ce ne sont pas des criminels, seulement des migrants qui tentaient de rejoindre les côtes européennes. Dans plusieurs vidéos où ils filment leur calvaire, les captifs supplient le roi Mohammed VI de les faire « rentrer au pays ». Certains, interrogés par la presse marocaine, disent avoir été vendus, victimes de réseaux d’immigration clandestine. L’affaire intervient alors que les révélations de CNN sur un marché aux esclaves de migrants subsahariens en Libye suscitent un large mouvement d’indignation.

« Nous sommes la seule nationalité à être encore détenue ici. Aucun officiel marocain n’est venu nous réclamer. » Dans une vidéo filmée le 13 novembre, un jeune homme affirme être enfermé depuis plus de deux mois, à Tripoli, dans un centre de détention du département libyen de lutte contre l’immigration clandestine, avec 232 autres Marocains, y compris des mineurs. Ils souffriraient de maladies liées à l’insalubrité des lieux et disent avoir entamé une grève de la faim. En arabe dialectal marocain, l’auteur de la vidéo supplie le roi Mohammed VI d’intervenir pour les libérer.

Le ministère marocain chargé de la migration a réagi deux jours plus tard dans une déclaration publiée sur son compte Facebook, assurant qu’il mettait tout en œuvre pour les rapatrier. « L’opération prend du temps et implique plusieurs personnes, mais nous y travaillons, a indiqué une source gouvernementale à l’agence Associated Press. Les Marocains seront rapatriés. »

Migrants vendus

Une autre vidéo publiée le 17 novembre montre des migrants marocains dans une prison surpeuplée à Zuwarah, près de la frontière tunisienne. On y voit plus d’une trentaine d’hommes entassés dans une même pièce, sans fenêtre. Ils doivent supporter la faim, la chaleur, les puces et les maladies. « Les Algériens, les Tunisiens et les Égyptiens ont été rapatriés. Tout le monde, sauf les Marocains », témoigne un homme dans la vidéo. Selon lui, 260 Marocains sont détenus dans ce centre depuis six mois.

Combien de migrants marocains captifs en Libye ? Les autorités chérifiennes se sont contenté de dire que la prochaine opération de rapatriement concernait « environ 200 personnes ». En août 2017, 190 migrants avaient déjà été rapatriés de Libye par les autorités marocaines.

Selon la version arabophone de l’hebdomadaire marocain Telquel, qui a pu joindre au téléphone des Marocains captifs ainsi que leurs familles. Ils étaient partis en Libye, via l’Algérie, dans l’espoir de rejoindre l’Italie. Les familles interrogées racontent que leurs proches ont versé entre 40 et 50.000 dirhams (3.600 à 4.500 euros) à des intermédiaires marocains, avant de se retrouver otages de réseaux de traite d’êtres humains.

« Une fois en Libye, on a été capturés par une mafia. Ils nous ont demandé le numéro de téléphone de notre famille et les ont menacés de nous tuer s’ils ne donnaient pas l’argent », révèle un Marocain aujourd’hui retenu dans un centre gouvernemental en Libye et dont le témoignage audio a été mis en ligne sur le site de Telquel. « Un gang nous a séquestrés et pris contact avec le chef d’un réseau d’immigration clandestine pour nous vendre. La transaction a eu lieu. Notre acheteur nous a obligés à payer le double du montant qu’il avait payé. L’armée a fini par donner l’assaut contre les maisons où nous habitions et nous avons fini dans un centre de rétention », dévoile un autre interlocuteur.

Nouvelle route de l’exode

D’après le magazine, les passeurs impliqués dans cette affaire sont des Marocains en lien avec les réseaux d’immigration clandestine en Libye. Cette année, plusieurs réseaux passeurs opérant dans le royaume ont été démantelés.

Sous la pression de l’Union européenne, le Maroc a renforcé ses mesures de sécurité à sa frontière nord, face à l’Espagne, poussant ainsi les migrants à emprunter d’autres routes. De plus en plus de Marocains tentent ainsi de passer par la Libye pour gagner l’Italie, porte d’entrée de l’Europe. Selon les Nations unies, près de 20 000 migrants, qui ne sont pas tous subsahariens, seraient actuellement détenus dans les centres gouvernementaux libyens, soumis aux abus, tortures et privations.

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