18 septembre 2020

Assassinat de Saïd Mekbel

Cela s’est passé un 3 décembre 1994,

Il sera le 33e journaliste assassiné depuis qu’un certain Mourad Si Ahmed, dit Djamel Al Afghani, alors « émir » du GIA (Groupe islamique armé), avait décrété en 1993 que « les journalistes qui combattent l’islam par la plume périront par la lame ». Saïd Mekbel billettiste et directeur du quotidien Le Matin, était le 4e journaliste à éliminer sur la liste des égorgeurs du GIA.

Ce 3 décembre 1994, paraissait son dernier billet, étrangement prémonitoire : « Ce voleur qui… ». C’était un samedi. Les lecteurs du Matin lisaient la chronique « Mesmar J’ha » pour la dernière fois.

Nous vous proposons de lire ou de relire l’article écrit par Hassane Zerrouky au lendemain de l’assassinat de Saïd Mekbel, ainsi que le billet « Ce voleur qui… ».

« Ils ont tiré sur Mesmar J’ha »

« On ne fera pas un article trémolo, pleurnichard, comme s’y attendent certainement ceux qui ont commandité un tel acte, et ce, par égard, par respect à Saïd Mekbel.

Hier, deux sbires de Ali Benhadj, avec qui nous convient de dialoguer Mehri, Ait Ahmed, Ben Bella et autres Djaballah, ont tiré sur Saïd Mekbel. Said était attablé à la pizzeria qui se trouve à moins de trente mètres du journal quand il fut victime de cet attentat. Bien sûr ces « courageux résistants » comme les appelle Mehri, savaient que Saïd n’était pas armé et qu’il serait incapable de se défendre.

Dans le restaurant au fond de la salle, Saïd était encore assis, les mains sur la table, il n’était pas à terre, la tête légèrement inclinée comme s’il réfléchissait à quelque chose, avec cet air malicieux qu’on lui connaissait quand il préparait son billet. Sur la table, une assiette de crudités qu’il venait d’entamer. La salle était vide.

On s’est approché de lui. On lui a dit quelques mots, de tenir… Il ne nous a, bien sûr, pas répondu. Il a été transporté encore en vie à l’hôpital (C’est Ouahab qui l’a transporté dans ses bras vers l’ambulance qui arrivait. NDLR). A l’heure où ces lignes sont écrites, Saïd Mekbel lutte encore contre la mort.

Pour la rédaction du Matin, c’est un coup dur, terrible. C’est un coup dur également pour l’opinion démocratique. Saïd, comme beaucoup, avait la possibilité de partir à l’étranger. Il refusait cette éventualité. Dernièrement, il nous déclarait, au vu de l’évolution de la situation politique, que les démocrates devraient rentrer de l’étranger… Bien que consternée par cette terrible nouvelle, la rédaction du Matin a décidé de réagir en fabriquant ce numéro et en republiant son « Mesmar J’ha » paru dans notre édition d’hier. Ainsi les commanditaires de ce crime crapuleux sauront que Le Matin ne s’arrêtera pas et surtout qu’il ne changera pas de ligne éditoriale ; cette ligne qui est la raison d’être du journal, qui ne nous a pas fait beaucoup d’amis, et qui fait grincer certains journaleux en mal d’inspiration. Saïd, comme d’autres, a payé le tribut de cette liberté d’informer qu’on essaie de faire taire par tous les moyens. Une chose est sûre, Saïd Mekbel n’avait aucune haine pour ses adversaires. Il suffit, pour ce faire, de relire ses billets… »

La fin de l’article (deux petits paragraphes) évoquait la bio de Saïd Mekbel.

Hassane Zerrouky

 

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