23 septembre 2020

Brève éclaircie dans mon ciel hivernal

Avant-hier, une belle surprise a franchi les remparts de mon cœur. Ses yeux couleur d’indulgence m’ont regardé sans voir sur mon visage la patine du temps et les stigmates de mon âge. Sous sa chevelure coiffée en champignon nucléaire, sa tête projetait, à travers sa bouche patiente et son oreille attentive, l’éblouissante lumière de son intelligence. Elle était d’une féminité si abondante qu’elle pourrait rafraîchir la couleur de la Voie lactée. Nous avons marché longtemps, elle à jeun, moi rassasié de sa présence. Je me suis confié à son cœur généreux sans crainte de l’agacer. Les rues de Paris n’ont jamais été aussi distrayantes, aussi envoûtantes. Dans un état de lucidité, j’aurais épargné la torture des ampoules à ses petits pieds chaussés de minces escarpins mais, comme un enfant tiraillé entre l’envie de prolonger le plaisir offert par la dégustation de sa glace et la nécessité impérieuse de la lécher avant qu’elle ne fonde, j’ai fait souffrir, malgré moi, la lumineuse créature, peut-être par peur qu’une proposition de pause ne rompe le charme qui lui faisait supporter mon insistante compagnie.

J’ai meurtri impitoyablement, mais sans le vouloir, les petits pieds d’une exquise créature à laquelle mon âme, subjuguée et attendrie, souhaitait la vie heureuse d’un bonheur constant. Je me suis accrochée à elle, égoïstement, autant que je le pouvais, comme si son départ et notre séparation allaient éclipser définitivement le soleil de ma vie et figer le reste de mes jours dans une infernale glaciation.

Nous nous sommes quittés, elle redoutant les cent quarante neuf marches menant à son nid haut perché, moi l’insomnie qu’allait m’infliger le souvenir de sa brève intrusion dans ma solitude. Connaissant ma déveine, je sais que je ne dois espérer aucune prolongation à la douce récréation offerte à mon isolement mais rien, pas même un reproche d’outre tombe, ne me fera regretter mon inoubliable évasion, toute furtive et vaine qu’elle fût.

Que ma mère me pardonne ! C’est la première fois que j’ai pris la résolution de ne pas la ressusciter si la réalisation d’un seul vœu m’était offerte par un génie aux pouvoirs magiques. Eh oui, charité bien ordonnée commence par soi-même dit la sagesse populaire ! A quoi me servirait ma mère maintenant que je suis devenu un pantin sans âme ? Et cette mère qui m’a tant manqué tout au long de ma vie, reconnaîtra-t-elle son fils médusé et transformé par l’apparition d’un ange ?

Ameziane

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