1 octobre 2020

Chaabi algérois et Abu Nuwas

Je suis fan de chaabi, tout comme l’était Lounès Matoub. Je le précise pour ceux qui voudraient me pendre haut et court parce que je préfère écouter du chaabi algérois plutôt que du raï ou des chantoz kabyles de zdag rdag.
Donc j’en reviens à ce que j’écoutais. Le chanteur connu d’abord pour des chansonnettes plutôt populaires s’est mis aux « kassidates ». Des poèmes souvent écrits il y a plusieurs siècles. Poèmes qui nous donnent un aperçu de la vie en Afrique du Nord durant la colonisation arabe, juste avant la vente de la Régence d’Alger par les Turcs ou Tatars.
Ce chanteur a cité Abou Nuwas ce qui m’a plutôt étonné. Le connaissant je suis sûre qu’il ne sait pas qui était Abu Nuwas, il a juste appris le poème par cœur.
Abou Nuwas (env. 765-815), était un poète persan de langue arabe. Il a vécu à Bagdad dans la cour d’Haroun El Rachid. Il était le compagnon attitré du fils du dernier calife de l’islam. Ce qui explique qu’après Haroun il n’y a plus eu de calife, car pour être calife il faut être fils de calife. La procréation assistée n’existait pas encore au IXe siècle.
Abu Nuwas est fort célèbre dans le monde musulman. Pourtant son libertinage et son irréligion sont exemplaires parmi les poètes de son temps. Voici trois petits poèmes pour vous donner une idée de sa grande ouverture d’esprit :

« Le calife se perd. C’est la faute au calife (…)
Le scandaleux calife est pédéraste actif
Fadl son vizir est pédéraste passif
L’un est acteur : la belle affaire
L’autre se laisse faire … »

« J’ai quitté les filles pour les garçons
et, pour le vin vieux, j’ai laissé l’eau claire.
Loin du droit chemin, j’ai pris sans façon
celui du péché, car je le préfère.
J’ai coupé les rênes et sans remords
j’ai enlevé la bride avec le mors. »

Et encore, pour le plaisir :

« Ibrahim al-Nazzam nous tient de vrais propos blasphématoires. Il me surpasse en athéisme et son hérésie est notoire.
Lui dit-on : « Que bois-tu ? »
Il répond : « Dans mon verre »
Lui dit-on : « Qu’aimes-tu ? »
Il répond : « Par derrière »
« Et que délaisses-tu ? »
Réponse : « La prière »
On lui dit : « Que crains-tu ? »
Il dit : « Rien que la mer »
On lui dit : « Que dis-tu ? »
Il dit : « Ce qui est mal »
Puisse Dieu le brûler dans le feu infernal. »

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