Combat politique de Bouaziz Ait Chebib

Les évènements politiques qui secouent la scène kabyle et qui ne cessent de s’accélérer nous interpellent pour prendre conscience des enjeux et de leurs conséquences négatives qui en découleront dans le futur le plus immédiat.

L’arrestation de militants qui luttent en Kabylie est le premier signe avant-coureur de ce qui nous attend si d’aventure nous persistons dans notre aveuglément collectif à ne pas considérer la réalité des menaces qui pèsent sur nous.

Nous avons, envers nos citoyens injustement arrêtés et emprisonnés, une lourde responsabilité de soutien et de solidarité à leur égard jusqu’à ce qu’ils retrouvent leur liberté et les leurs. Cela commence par le rejet de toute surenchère dans un discours politique qui ne peut que compliquer un peu plus leur situation.

Dans le souci de la protection des militants incarcérés et des risques, de plus en plus lourds, qu’ils encourent, l’esprit et le sens des responsabilités imposent aux acteurs politiques qui agissent, notamment, au sein de la diaspora de favoriser un discours qui appelle à l’apaisement pour prévenir et rejeter tout dérapage dangereux de la part de ceux, nombreux, qui ne jurent que par la perte et la mort de la Kabylie et de tout ce qu’elle représente.

Bouaziz AIT CHEBIB, l’homme qu’il est et qu’il demeurera

Nous nous connaissons depuis les tragiques événements du printemps noir de 2001 qui ont endeuillé le peuple kabyle en l’atteignant au plus profond de son âme. Ensemble et avec d’autres, nous nous sommes engagés dans le processus de construction du projet de l’émancipation du peuple kabyle de la tutelle du régime algérien. Conscients de la violence cyclique qui le frappe toutes les fois que le régime algérien est secoué par des luttes de clans en son sein, il ne trouve pour unique exutoire pour ressouder ses rangs que de brandir le spectre de la menace que la Kabylie ferait peser sur l’Algérie.

Le combat politique de Bouaziz AIT CHEBIB ne date pas de cette épreuve douloureuse de 2001, mais bien avant. C’est très jeune qu’il s’est donné comme destin celui des luttes pour la défense de, la démocratie, la liberté, la justice et l’identité et des droits des peuples amazighs, à leur tête le peuple Kabyle. Tel est son sacerdoce. Il a consacré toute sa jeunesse et sa vie, une fois adulte, à ses causes qui l’anoblissent en faisant de lui l’un des pionniers de ceux qui œuvrent pour asseoir un avenir pérenne pour son peuple parmi les autres.

Il serait fastidieux d’énumérer tous ses faits “d’arme” dans la lutte politique au point de lui faire valoir des jalousies et des inimitiés et, pour finir, les représailles du pouvoir d’Alger, lequel a franchi le pas en l’arrêtant et l’emprisonnant, injustement, avec d’autres militants.

Du MAK et MAK-GPK à AKAL, en passant par l’URK

Il a été de tous les combats pour la Kabylie. Pour lui et beaucoup d’entre nous, l’année 2001 a été le marqueur indélébile dans notre engagement pour la construction d’un projet d’avenir pour notre Kabylie. Il est resté fidèle à la ligne originelle du MAK jusqu’en 2016 où il décida de le quitter à la suite d’une crise de lutte d’influence qui avait secoué le mouvement, ayant pour cause le nouveau tournant opéré dans la lutte en s’éloignant de sa politique qui mettait le peuple au centre de toutes les décisions capitales qui concernent son avenir. 

Le peuple kabyle, dans sa majorité, pour ne pas dire son unanimité, gardera pour longtemps le rôle de rassembleur qu’est ce grand homme que je n’ai pas hésité à qualifier de GHANDI kabyle.

C’est parce qu’il n’est pas un homme de renoncement qu’il avait décidé, avec d’autres militants, de lancer un nouveau mouvement appelé URK dans le souci, croyait-il, de maintenir le cap. Il déchantera vite. Il s’était aperçu que dans les faits cela visait plus à réduire la propagation de ses idées et à limiter son influence sur le terrain. La preuve en est les tirs groupés, venant de l’intérieur de cette nouvelle entité et en dehors, qu’il subissait.

Le combat pacifique est sa ligne de conduite de laquelle il n’a jamais dévié. C’est pour rester fidèle à celle-ci qu’il a, avec d’autres compagnons, décidé de quitter cette nouvelle entité en raison du jusqu’au-boutisme qui émaillait le discours de cette dernière. 

Comme il est, toujours, difficile d’abandonner l’ouvrage dont on est, pour ainsi dire, le concepteur et pour lequel on a creusé les fondations et jeter les bases pour ériger son édifice, il fonde l’URK 2. Mais par souci de clarifier la confusion entre ces deux entités qui n’en sont qu’une il y a été mis, définitivement, fin à une telle situation.

Naissance d’AKAL

Cette rupture avec l’URK a donné naissance au mouvement AKAL.

J’ai, personnellement, beaucoup pesé dans ce choix en prenant à part à son avènement.

Il était, en effet, le moment de rebattre les cartes de la lutte pour la construction d’un projet pérenne pour le peuple kabyle. 

En plus d’opter pour un mode de fonctionnement et de gouvernance le principe de collégialité dans les prises de décisions importantes, de même nous avons placé au cœur de notre combat la nécessité impérieuse du recours au peuple dans toutes les décisions qui engagent son avenir.

Message de M. Bouaziz AIT CHEBIB

La folle, donc irresponsable, décision du pouvoir algérien de classer le MAK comme mouvement terroriste a jeté le trouble et la consternation dans les rangs des militants kabyles, toutes tendances confondues. Il faut faire preuve d’inconscience et de cécité politiques pour ne pas mesurer les retombées d’une telle décision pour imaginer un seul instant que l’impact de cet édit se limitera au seul mouvement MAK et épargnerait les autres acteurs. Concrètement, en agissant de la sorte, le pouvoir algérien vise à abattre le dernier mur de résistance qui se dresse devant l’oppression et aux dénis de toutes sortes qui constituent, entre autres les armes de ce régime. Ce sont tous les espoirs du peuple kabyle qui se trouvent, ainsi, mis en péril et menacés d’effondrement.

Cette entreprise de démolition lancée contre la Kabylie, appelle de la part de tous les acteurs politiques de mettre de côté leurs différences et de réfléchir sur les modalités de la mise en place des moyens d’une riposte pour, d’une part, contrer cette offensive tous azimuts qui ressuscite en nous de sinistres souvenirs et, d’autre part, pour protéger nos militants politiques et nos populations contre des représailles sous de fallacieux arguments de lutte contre le terrorisme et atteinte à l’intégrité territoriale du pays. 

Quarante-huit heures avant d’apprendre sa convocation par les services de gendarmerie algérienne, le débat avec lui et bien d’autres acteurs a porté sur la nécessité de faire un appel solennel à tous les mouvements politiques kabyles de geler leurs activités politique, à défaut de s’entendre sur la nécessité de leur dissolution, le but étant évidemment la protection de nos populations et de penser une nouvelle stratégie dans notre lutte pacifique. Il ne doit échapper à personne que le piège se refermera sur tous les militants, tout spécialement, celles et ceux qui vivent en Kabylie à l’inverse de ceux de la diaspora dont les effets directs seront moindres.

Les loups ne se dévorent pas entre eux

L’actualité de ces derniers jours et tout ce qu’elle nous révèle comme menaces qui pointent à l’horizon nous commandent à tous de demeurer vigilants et de s’abstenir de toutes surenchères dans le discours, surtout, depuis les récentes déclarations de l’ambassadeur du Maroc à l’ONU à l’occasion de la tenue de la conférence des ministres des AE des PNA et les répliques du gouvernement algérien (cf. ma dernière contribution sous le titre : la Kabylie face au piège marocain).

Sans cette vigilance nous nous retrouverons adversaires ou partisans de l’un ou de l’autre (Algérie ou Maroc) alors que dans les deux cas nous constituons leur cible.

Le Maroc se sert de nous pour régler ses comptes avec l’Algérie et cette dernière se servira de cette manœuvre marocaine pour justifier toute agression qui sera menée contre nous. De plus, en nous trouvant les uns d’un côté et les autres à l’opposé des premiers, le ton est donné pour accentuer les fractures entre nous avec des conséquences imprévisibles pour notre avenir.

Nous avons tous le devoir moral et patriotique, face à ces défis, de lancer un appel à nos populations. C’est le vœu de Bouaziz AIT CHEBIB et de bien d’autres, pour mettre en garde contre le piège qui nous est tendu pas les deux belligérants et de se dresser contre la tentation qui voudrait faire de nous la variable d’ajustement dans les relations et les rapports politiques entre ces deux pays.

Ni la monarchie marocaine et ni le régime algérien ne cherchent le bonheur du peuple kabyle. Cette évidence doit être saisie et comprise, tant de la part de ceux des Kabyles qui voient en le Maroc un soutien pour notre cause que de la part des autres Kabyles aussi, qui croient que le pouvoir algérien est capable de nous offrir, comme par enchantement, une issue à la crise que nous vivons.

Pour finir, ceux que les déclarations marocaines, qui relèvent plus de tactique et de manœuvres politique à l’égard du pouvoir algérien, ont grisé doivent reprendre leurs esprits et renouer avec le sens des réalités.

Protéger le peuple kabyle doit demeurer notre objectif collectif et dépasser tous les calculs politiques.

Ahsen NAT ZIKKI, le 23/07/2021

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