21 octobre 2020

De l’usage des termes intégriste, islamiste, salafistes, etc …

J’ai noté ça et là l’utilisation des termes « islamistes », « intégristes », « salafistes » dans les média, sûrement dans le but de faire le distinguo entre le « peuple musulman pacifique et tranquille » et une « minorité violente de fous d’Allah ». Sincèrement j’ai cru moi aussi longtemps à l’utilité de cette dichotomie populiste qui éviterait de remuer la m.e.r.d.e et d’aggraver la situation.

Ayant vécu longtemps dans les sociétés arabo-musulmanes, j’ai une bonne connaissance de cette sociologie, des parlers arabes et de l’islam tel qu’il est perçu et vécu par les masses. Dans la vraie vie des arabo-musulmans les termes : intégriste, fondamentaliste, extrémiste, islamiste … ne sont pas du tout usités. Ce sont des signifiants sans signifiés. On n’entend jamais un musulman traiter son coreligionnaire d’islamiste, d’intégriste etc… Ces termes n’ont donc pas de signification réelle et restent des termes journalistiques et d’intellectuels francophones coupeurs de cheveux en quatre. Certains intellectuels laïc arabes et arabophones ont tenté d’introduire des équivalents arabes à ces termes : islamawi pour islamiste, taassob pour integrisme, tatarrouf pour extrémisme, oussoulia pour fondamentalisme… mais ils ne sont guère repris par le peuple et restent des termes savants sans réalité sociale, donc inusités dans la vie de tous les jours.

Au sein du peuple arabo-musulman, il n’y a que des musulmans et l’extrémisme est considéré comme un trait de caractère, comme un oncle nerveux un cousin enthousiaste, sinon de l’impatience à voir triompher la justice d’Allah . Notons que pour le petit peuple un musulman orthodoxe soucieux de l’application stricte des préceptes coraniques est perçu comme un bon musulman, respecté et craint car il dispose du pouvoir absolu conféré par sa connaissance de la parole d’Allah. Par contre un musulman dont la foi, la pratique religieuse et les connaissances coraniques sont approximatives est raillé et devient la risée de ses proches. Il est perçu comme un musulman ramolli (à la limite mounafiq) et pas bon à grand chose. Le premier est considéré par les intellectuels francophones comme un intégriste (négatif) et le second comme un musulman modéré (positif). On voit que l’échelle de valeurs est inversée selon qu’on soit musulman du peuple ou intellectuel francophone.

L’explication réside dans la perception par les masses musulmanes des « intégristes ». Rarement, ils sont vus comme des militants un peu trop zélés. Souvent ce sont des ambassadeurs de l’islam, courageux, instruits, fidèles et intègres. Ils sont respectés, vénérés, admirés mais aussi craints pour leur intransigeance quant à l’application stricte des règles islamiques . Ils constituent le fer de lance de la force musulmane et les musulmans comptent beaucoup sur eux pour « rétablir la justice d’Allah» en ce bas monde. La plus grande injustice sur terre est l’existence de peuples non musulmans. Ceux-ci doivent disparaître ou se convertir « afouajen », car ainsi l’a ordonné Allah. C’est d’une simplicité déconcertante!

Partout où l’islam est en frontière avec une autre religion, une autre culture, une autre civilisation, il entre en conflit plus ou moins déclaré, autrefois sourd, se faisant de plus en plus bruyant ces dernières décennies. D’aucuns ont essayé de faire croire (et essaient encore) que les conflits dans les Balkans, au Moyen Orient, en Tchétchènie, au Soudan, au Timor, au Nigeria, au Cachemire, en Algérie, aux Philippines, en Inde, en Afghanistan, sont des histoires locales n’ayant rien à voir les unes avec les autres. Là c’est un problème de décolonisation, là-bas des problèmes sociaux internes, ailleurs une question d’autodétermination … Mais personne ne relève que tous ces foyers d’agitations sont des zones frontières avec « l’autre ». La poussée islamique se fait vers l’extérieur ou dans les zones périphériques où l’islamisation est jugée non complète. L’existence d’un peuple qui sait se passer d’Allah pour être prospère, heureux et inventif est une provocation insupportable pour les musulmans, surtout lorsqu’il est juste à coté, visible chaque jour qu’Allah fait. En fait l’existence d’un peuple différent tout court, même s’il est misérable est déjà une anomalie qu’il s’agit de corriger de toute urgence.

Le seul but de l’islam est d’islamiser et sa seule fonction permanente est de maintenir des peuples par tous les moyens possibles, souvent répressifs, dans le giron de l’islam. Les sociétés musulmanes n’ont donc comme idéal que leur propre reproduction jusqu’au moindre détail tout en gonflant et en phagocytant par rongement progressif les cultures et civilisations qui lui font frontière. Incapable de la moindre innovation sociale, la société musulmane établie se reproduit identique à elle-même selon un programme millénaire prédéfini, écrit une fois pour toute. Elle s’auto-clone à l’infini, soucieuse d’une foultitude de détails qui doivent être scrupuleusement observés comme des patterns définissant l’identité musulmane. Tout réside dans ces « gènes » culturels et religieux qui font la différence avec l’autre.

La société musulmane n’a aucun homme nouveau à inventer, aucune découverte scientifique à faire, aucune technologie à développer, aucun projet de société à atteindre… bref, aucun schmilblick à faire avancer. L’islam décharge l’individu du fardeau de la quête de la liberté et du bonheur. Il ne se soucie plus de son destin déjà tracé dans les méandres obscurs du coran et de la charia. L’individu n’est plus que « abd rabbi », appartenant corps et âme à un esprit possessif, versatile, se faisant bienveillant ou père fouettard selon ses imprévisibles humeurs. Chaque génération est une réplique exacte de la précédente, répétant les mêmes incantations, les mêmes gestes ritualisés, dans la même vie morbide et vide, parfois sous un vernis moderniste dénoncé, mais indispensable pour se camoufler aux yeux du monde. Chaque génération, si elle exécute sans faute le programme millénaire, se voit promettre le paradis. Le paradis promis à chaque détour de « dars » est décrit de manière si détaillée, si belle, si poétique qu’il semble réel, tout prés, à portée de quelques génuflexions et d’une poignée de « hassanate ».

Parfois le programme s’emballe! Il génère des bugs, grince, se grippe à cause de virus étrangers. Ces virus peuvent être des valeurs, des pratiques ou des us d’une culture étrangère accidentellement introduits dans le système. Une aubaine pour les impatients trépignant! Le programme génère alors des anticorps dont la mission est de protéger le corps massif. Leur travail consiste à araser les pics, prélever les cellules malades et les éliminer, faire taire les voix discordantes, normaliser la société après l’avoir jaugée à l’islamométre. Ils sont même capables d’aller attaquer les virus étrangers à l’extérieur du corps islamique, dans leur propre souche.

Les observateurs extérieurs appellent ces anticorps des « islamistes » ou des « intégristes » alors que ce ne sont que des musulmans jouant le rôle d’une police. Ils sont visibles et audibles de l’extérieur à cause seulement de leur uniforme et de leur mission spéciale assez bruyante. Autrement, ils sont « normaux ».

Arilès
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