Imzizou : une occasion ou un fait isolé ?

Cet événement rarissime (le bannissement d’un villageois par tajmaat unanime pour avoir porter plainte contre un autre villageois qu’il tient responsable de la fermeture du bureau de vote alors que toute la Kabylie a boycotté ces élections ) nous interpelle au plus profond de nous-mêmes car il nous met devant nos contradictions accumulées durant une évolution chaotique de la société kabyle qui est passée d’un système sociale où les individus étaient interchangeables au sein d’un collectif à un système consumériste et individualiste où le collectif est vécu comme une entrave à la réalisation des ambitions individuelles et l’affirmation de la singularité des individus. Beaucoup de questions devront être discutées par les Kabyles pour dégager de nouvelles perspectives pour le vivre-ensemble dans le village 2.0.

N’est-ce pas l’occasion pour le spécialiste (anthropologue, sociologue, juriste, historien, politologue, psychologue, religieux, philosophe …) d’étudier la place de tajmaat dans la vie politique kabyle ? N’y a-t-il pas là l’amorce d’une nouvelle dynamique proprement villageoise de réappropriation du pouvoir juridico – politique ? Quelles seront les modalités d’applications du verdict de tajmaat et qu’en sera-t-il en cas de réactions du condamné à faire valoir ces droits civiques et humains défendus par le code civil algérien sachant que le code pénal ne contient pas cette peine dans son arsenal et ne reconnaît pas les peines émises par des citoyens ? Quelle sera la réaction du pouvoir judiciaire de l’état face à cette décision ? Quelle sera la réaction du village en cas de représailles de l’état ?

Le village dispose-t-il d’un réel pouvoir de coercition ? Comment peut-il appliquer ce pouvoir alors que chaque commune ou presque dispose d’une brigade de gendarmerie ? Y’a t’il des villages qui ont déjà prononcé cette peine contre un ou des villageois depuis ces 30 ou 40 dernières années ? Peut-on considérer que la tajmaat conserve de facto son pouvoir législatif et pénal en contradiction avec le pouvoir législatif et pénal de l’état ? Est-il souhaitable que d’autres villages emboîtent le pas au village d’imzizou ? N’est-ce pas l’occasion d’organiser des assises régionales kabyles pour redéfinir, renforcer ou minimiser le rôle de tajmaat dans la vie quotidienne ? Que le sage parle, le bien éduqué écoute et le sot se taise ! La médiocrité criante est en soi une insulte aux valeurs ancestrales de sagesse et de la juste mesure. Espérons qu’un débat s’ouvrira dans la sérénité et le respect.

Enrichissez-nous de vos réflexions, vos connaissances et votre sagesse.

Bien que je n’aime pas du tout cette personne (Omar Aït Mokhtar), je trouve que ceux qui se sont érigés en véritable douma (assemblée tsariste) pour le bannir sont aussi injustes que certains qui sont au pouvoir voire pire si les armes du pouvoir étaient entre leurs mains !

Cette décision est un véritable…oukase !

Condamné une personne au nom des us et coutumes de ceux qui nous ont précédé est une autre forme de salafisme tout aussi extrémiste !

Chez les ultras islamistes, cela s’appelle… une fetwa !

On n’est pas sorti de l’auberge…pire, on ne fait qu’y entrer !

Je valide les propos de mon ami Meziane Ourad cet incompris, victime… pour cause d’être en avance sur ses contemporains !

Djeff Khenane, 16 juin 2021