Kabylie au XVIIIe siècle

La régence d’Alger et le monde turc au XVIIIe

Les Turcs ne contrôlent guère que 1/6 du pays ; montagnards kabyles et nomades des Hauts Plateaux, échappent toujours à leur autorité.
Selon Venture de Paradis, plus de la moitié du territoire de la Régence était en friche vers 1788.
De 1810 à 1815, razzias, expéditions punitives, exécutions sommaires viennent difficilement à bout des révoltes qui s’allument dans les Babors, le Titteri, le Djurjura.
Nous ne savons rien de la répartition des terres à cette époque, car l’histoire de la période turque progresse très lentement, mais à travers les écrits de Venture de Paradis, on devine, à côté de grands propriétaires, une masse de paysans misérables.
Bougie fournissait une quantité considérable d’huile qui approvisionnait la capitale (de la Régence) et les fabriques de savon de Marseille.

Récit d’un voyageur du 18e siècle, durant la colonisation ottomane.

Kabyles de Flissa et Zewawa

La plupart des montagnes, depuis le royaume de Sous jusqu’à la plaine du kairoan, sont peuplées de nations indépendantes. Alger en a deux fameuses qu’il n’a jamais pu soumettre : les Cabaïlis [Kabyles] de Flissa [Iflissen] et ceux de Zewawa [Igawawen]. Les montagnes de Flissa règnent depuis Dellis jusqu’au Collo ; celles de Zewawa sont plus au midi. Les Zewawis ont près de 300 villages ; ils ne payent ni tribut, ni capitation, mais ils se font entre eux une guerre extrême et ne se réunissent que ; contre l’ennemi commun. Ils viennent cependant à Alger et ils y forment même un corps de nation qui a des privilèges ; ils sont chargés d’une patrouille nocturne. Flissa est régie aussi par des chaïks particuliers.

Les Kabyles semblent tenir une place intermédiaire entre les hordes sauvages et les nations civilisées. Ils professent la religion mahométane sans entendre cependant l’Alcoran. La plupart ne savent que leur langue très pauvre, très bornée et n’ayant aucun terme abstrait. A peine savent-ils compter jusqu’à mille, ils n’ont point de livres, ni d’écriture ; la mémoire des événements ne s’y conserve que par tradition. Les montagnes inaccessibles dans lesquelles ils vivent les mettent à l’abri des vexations des Turcs, mais entre eux ils se font des guerres éternelles, et le plus faible se fait soutenir par le commandant turc le plus voisin, qui profite de ces divisions pour les dévorer. Leur haine est implacable et n’est assouvie que par le sang.

Jean Michel de Venture de Paradis, Tunis et Alger au XVIIIe siècle

Article précédemment mis en ligne en juin 2005

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