29 octobre 2020

La culture FFS

Un ami ancien secrétaire national du FFS, m’a raconté qu’il était aux côtés d’Ait Ahmed, à l’étranger, quand Tahar Djaout fut assassiné. Je ne peux pas révéler l’identité de cet ami car il n’est plus une personnalité publique et a quitté le FFS depuis Saint Egidio. Cet ami donc a réceptionné le fax annonçant la triste nouvelle de l’assassinat de Djaout et en a lu le contenu à Ait Ahmed. Ce dernier fait un geste excédé et répond : qu’ils crèvent tous ! Le secrétaire national lui rappelle alors que Djaout est des nôtres et Ait Ahmed s’est ressaisi. Il est vrai qu’à cette période, j’allais justifier une connerie du Zaïm !

Le 25 juin 1998, j’étais à Sétif, coulant un week-end islamiquement doux dans « ma résidence surveillée » par mes voisins, au cœur d’une cité populaire infestée d’intégristes le jour et de chiens errants la nuit ! Un parent médecin interne à l’hôpital de Tizi m’appelle et m’annonce l’assassinat de Lounes Matoub. Sans être un fan de la musique de Matoub (j’ai horreur du chaabi), j’ai toujours apprécié ses textes, sa fougue, ses positions nettes, tranchées et sa façon de faire un pied de nez à l’ordre politique et à l’ordre social établis. Je sors, groggy, errer dans la ville dans l’espoir de rencontrer des amis avec qui partager ma douleur. Mon instinct grégaire de Kabyle me conduit au café où s’attablaient mes amis militants du FFS (des garçons gentils et serviables tant qu’on ne se mêle pas de leurs affaires politiques). Je leur annonce donc la nouvelle de l’assassinat de Lounés. L’un d’eux sourit et me répond : « Ce chien, qu’il crève ou pas, il n’intéresse personne ». Il est vrai que personne ne soupçonnait encore l’ampleur des émeutes et des manifs qui allaient suivre ! La discussion s’anime. Les plus réservés signalent que Matoub n’est pas le seul à être assassiné. Hasni a aussi été assassiné, avec des dizaines de milliers d’autres Algériens. Imparable ! À moins d’être une ordure et inhumain, il est difficile de dire je m’en fous des autres. Tout ce que j’ai trouvé à dire c’est : « Mais là en ce moment le cadavre de Lounes est encore chaud et il s’agit de réagir à son assassinat ! »

Rien à faire ! La culture FFS est spécialiste pour noyer tout dans tout pour ne jamais avoir à prendre une position précise sur un événement précis ! On attend d’abord que la direction réfléchisse aux dividendes politiques éventuels que telle ou telle position pourrait induire. En un mot, on attend la réaction du public. Je me suis résigné, avec quelques autres amis à aller acheter un coupon de tissu noir pour confectionner des brassards et des bandeaux que nous avions portés dès le 27 juin, pendant des semaines dans la rue et sur nos lieux de travail.

Si vous dites à un militant du FFS que votre vieux père est décédé d’un cancer, il vous répondra : « le cancer n’est pas la seule maladie qui tue, il y a aussi le sida, la crise cardiaque, l’insuffisance rénale etc. et de toute façon on mourra tous un jour ». Ne vous attendez surtout pas à ce qu’il vous réponde : « il est malheureux qu’au 21e siècle on n’alloue pas assez d’argent pour la recherche contre le cancer. Il est temps que ce fléau disparaisse ». Non, il vous parlera du diabète !

Si vous dites à un militant du FFS que l’intégrisme musulman est inadmissible, il vous répondra : « toutes les religions recèlent et nourrissent un intégrisme. Nous nous opposons à l’intégrisme d’où qu’il vienne ! » N’allez surtout pas lui dire que l’intégrisme qui vous gêne, vous opprime en ce lieu et en ce moment est islamique, car il vous parlera longuement de l’intégrisme de l’Église catholique de Torqemada et de l’Inquisition espagnole.

Si vous dites à un militant du FFS que le peuple kabyle souffre, il vous répondra : « tous les Algériens souffrent. Et il vous dissertera longuement de la souffrance du peuple mexicain, du peuple palestinien, du peuple Sri Lankais et du peuple de l’abîme. »

Par Arilès, le 20 mars 2005

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