27 octobre 2020

La morale islamique populaire en Kabylie

J’ai vécu « le mouvement citoyen » entre avril et juillet 2001. Je me suis mêlé à la foule en croyant me mêler de ce qui me regarde. J’ai eu beaucoup de mal à approuver beaucoup d’actes et encore plus de mal à les désapprouver vu que « la bien-pensance » veut que le peuple ait toujours raison. On ne peut pas demander à tout un peuple de sortir de Harvard !

Akbou : Un bon matin de mai 2001, je regardais un groupe de jeunes dépecer soigneusement une banque flambant neuve pas encore inaugurée. Juste en face, il y avait (il y a toujours) une mosquée.

Un tantinet provocateur et pince sans rire, j’apostrophe un meneur :
« – ça suffit maintenant, on va pas y passer la journée, c’est au tour de la mosquée ! le groupe qui retient les CNS ne tiendra pas longtemps ».

Immédiatement un cercle se fait autour de moi : « qu’est-ce que c’est que cette histoire ? la mosquée ne nous a rien fait ! »

« – Mais c’est aussi un symbole et un édifice de l’État, c’est marqué dans la Constitution, en plus tous les notables corrompus, les détourneurs, les intégristes, les spéculateurs, les gendarmes et les voleurs viennent là se refaire une virginité et se planquer ! » répondis-je.

« – Vas te faire foutre, tu vas pas nous manipuler. On est des citoyens en lutte contre la hogra, la mosquée appartient au peuple et nous sommes le peuple ! »

Logique implacable !

Les Aruc n’étaient pas encore structurées, justes quelques réunions timides ça et là. Mais je savais dès le début qu’il ne s’agissait pas d’un « mouvement berbéro-laïco-démocratico-machin-chouette ». Les aruc sont arrivées àvconfirmer celà ! Pendant toute la protesta (jusqu’à maintenant) les Kabyles font tout pour effacer leur « kabylité ». Ils se proclament citoyens. Ils s’entêtent encore à parler au nom de tous les Algériens alors que seuls les Kabyles les ont « élus ». S’agit-il d’une fraude électorale ?

Les Kabyles sont des arabo-musulmans comme tout le monde (il ne leur manque que la parole !) ou plutôt des vassaux de l’arabo-islamisme. Si on les force un peu, ils vont le dire. Ils ne remettent pas en cause les fondements arabo-musulmans de l’État algérien et n’ont ni l’envie ni la volonté d’en fonder un. Ils ne luttent pas pour leur propre compte et leur terrain de lutte n’est pas politique. Il se situe dans le domaine de la morale islamique populaire (hogra, pouvoir assassin, fraudeur, vicieux, voleurs, détourneurs, généraux bedonnants voraces et cruels…)

Chaque Kabyle, à titre privé, dit « y en a marre des arabes, on se met à notre compte et advienne que pourra ! ». Mais dès qu’il s’agit d’agir en groupe le complexe du vassal-qui-ne-veut-pas-de-mal-à-son-maitre-arabo-islamique prend le dessus. Ils geignent et se tortillent sur leur plateforme de revendications bancale, gênés de se faire prendre la main dans « le sac du sessessionisme ».

« – Mais non, on n’est pas dangereux, regardez, on est pacifistes et on veut du bien à tout le monde, du Nord au Pôle sud, de l’Est à l’ouest d’Eden. On n’est pas contre l’arabisation, on veut juste que se soit pas fait « au pas de charge » car voyez-vous, on s’essouffle un peu. On n’est pas contre l’islam et l’intégrisme est une création du pouvoir, il a rajouté pas mal de versets pas jolis jolis au Coran et a écrit toute la littérature djihadiste… Le terrorisme en Kabylie ? quel terrorisme ? quelle Kabylie ? pas vu, pas connu ! On veut le départ du système. Monsieur le système, prends tes valises ! faut laisser la place au choix du peuple ! »

Oups ! le problème c’est justement ce choix du peuple ! ok, pas de lézard ! alors monsieur le système, moralise-toi un peu et on marche, et vous les « intégristes de tous bords », ça suffit comme ça !

Ariless

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