19 septembre 2020

La perdrix

Comme beaucoup le savent, iḥiqel est la perdrix mâle. Il émet deux types de chant, selon la saison : un chant pour attirer la femelle pendant la période des amours et un chant pour appeler ses congénères mâles ou femelle.

Les Kabyles chassaient la perdrix en se servant du mâle. Ils en attrapent un et le gardent pour l’utiliser. À l’aide d’une fine ficelle, ils l’attachent par une patte à un arbrisseau, souvent dans un champ de blé. Ils disposent les pièges (généralement des collets ou des pièges à ressort) tout autour du mâle, à une distance un peu plus grande que la longueur de la ficelle. Par son chant, la perdrix mâle attire ainsi ses congénères de passage ou les fait sortir des buissons, de la forêt ou des ravins. Ils se font attraper sans problème.

Dans l’imaginaire populaire kabyle, le iḥiqel qui collabore avec l’homme au malheur des siens a très mauvaise réputation. J’ai même vu des propriétaires, qui aiment pourtant tacriḥt n tsekkurt, leur cracher dessus.

Les Kabyles sont convaincus que ce iḥiqel sait très bien ce qui attend les siens, mais les appelle pourtant. C’est donc un individu vil, traître, collabo, qui coopère en espérant continuer à avoir la vie sauve. D’où l’expression : iḥiqel yessawalen i gma-s ɣer lmut.

Pour les non kabylophones, littéralement : « le perdreau qui appelle son frère à la mort ».

Arilès, 1er juillet 2016

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