L’arroseur arrosé

Le Maroc, l’Algérie et la Kabylie

« Peu importe la couleur du chat, l’important est qu’il attrape des souris » (proverbe chinois).

Échec d’une diplomatie

La diplomatie marocaine vient de frapper un grand coup en atteignant le cœur du réacteur de la diplomatie du pouvoir algérien, réputée depuis des décennies comme étant l’une des plus active dans le monde. Mais c’était du temps de l’embellie des revenus tirés des hydrocarbures qui sont mis au service d’une entreprise de corruption des États du tiers-monde dont l’unique but est de leur arracher la reconnaissance d’un État fantoche appelé la RASD (République arabe sahraouie).

Aujourd’hui la donne a complétement changé. Bouteflika and Co sont passés par là et ont vidé les caisses de la Nation en pillant ses richesses ; une situation qui est aggravée par la chute vertigineuse des prix de ces produits qui forment l’armature du régime sur la scène internationale.

Durant quatre décennies ils n’ont pas cessé de tout entreprendre pour désintégrer toutes les structures de l’État déjà bâties sur du mensonge et la contrefaçon de l’histoire de tout un peuple. Comme si cela n’est pas suffisant, ils n’ont pas hésité à brader la souveraineté du pays en le plaçant sous la bannière des États tiers.

Revanche de la monarchie alaouite

Longtemps, le Maroc est malmené dans le concert des nations par l’activisme effréné de la diplomatie algérienne dont le seul objectif est de faire reconnaître à des États la pseudo-république arabe sahraouie. Aujourd’hui, à travers la question kabyle, la diplomatie marocaine est en passe d’inverser les rôles, pour faire de l’Algérie ce qui est communément appelé l’arroseur arrosé.

En appelant au soutien du mouvement MAK-ANAVAD dans son combat pour le droit du peuple kabyle à exercer sa souveraineté sur son territoire, l’ambassadeur du Maroc à l’ONU vient de mettre à nu toute l’hypocrisie d’un régime algérien dans sa prétendue politique sacro-sainte du soutien et de la défense des peuples en lutte pour l’exercice de leur droit à l’autodétermination.

Vouloir une chose et son contraire, conduit, à terme, ses artisans dans une impasse. C’est aujourd’hui le cas du régime algérien.

Les Kabyles et les nomades sahraouis

En effet depuis plus de quarante ans, le pouvoir des généraux algériens n’a jamais cessé de soutenir les peuplades du Sahara occidental qui comptent, à peine, 850 000 habitants en voulant en faire un peuple doté d’un État internationalement reconnu. Pour arriver à cette fin, il a usé de tous les artifices pour faire triompher le mensonge.

Paradoxalement le peuple kabyle, –dont il serait long de relater toutes les épopées–, est renié par ce pouvoir dans toutes ses dimensions. Peuple voué à l’extinction par ce régime. Et pourtant, il est présent sur cette terre d’Afrique du Nord, à côté des autres entités amazighs depuis des millénaires.

Entre joie et scepticisme

Certes ces derniers jours, certains Kabyles sont tout heureux de voir le pouvoir d’Alger se débattre dans le marigot où, son alter-ego la monarchie marocaine, l’a précipité. Cette joie qui ne devrait être que de courte durée ne nous fera pas oublier que les loups ne se bouffent pas entre eux.

Les déclarations de l’ambassadeur du Maroc à l’ONU sont à saluer. Cependant, en aucun cas elles ne seront cet arbre qui nous cache la forêt. Ainsi, il y a lieu de ne pas perdre de vue que ces entités, le régime algérien et la monarchie marocaine, constituent les deux faces d’une même pièce. Toutes les deux constituent les vecteurs de l’arabo-islamisme, négateurs de tout ce qui ne s’inscrit pas dans leur matrice idéologique et dogmatique.

Bien évidemment, ce serait faire preuve de mauvais aloi de contester ou de rejeter cette victoire d’un instant. Mais comme indiqué lors d’une précédente contribution, en politique les États agissent en fonction de leurs intérêts immédiats.

Distinguer le réel du factice :

La position du Maroc vis-à-vis de la question kabyle ne relève pas, hélas, des principes qui fondent la doctrine politique et diplomatique marocaine ; tout particulièrement lorsqu’il s’agit des questions inhérentes à la décolonisation des peuples. Ne pas en tenir compte, c’est occulter les velléités expansionnistes par lesquelles cette monarchie entend étendre les frontières de son royaume jusqu’au fleuve du Sénégal avec la volonté, sans cesse affichée, d’absorber des territoires entiers appartenant à des pays souverains. L’ivresse et la joie d’un moment ne doivent pas se prolonger plus qu’il ne le faudrait. Il est impératif que les Kabyles qui se sont laissé griser par les déclarations du diplomate marocain à l’ONU prennent conscience qu’il ne s’agit, à présent, que de propos d’un responsable politique qui peuvent être contredits, à tout moment, par la position officielle du gouvernement marocain vis-à-vis de cette question, et qui tarde à venir. Ainsi, le mutisme et le flou demeurent de rigueur.

Pour l’heure, la seule lecture qu’il convient d’en faire est de comprendre que l’attitude de ce diplomate marocain relève plus d’une tactique et de manœuvres politiques pour amener le gouvernement algérien à assouplir ses positions à propos de nombreux sujets qui empoisonnent les relations entre ces deux pays (cf. ma contribution la Kabylie face au piège marocain)

Attendre et voir

Il est encore trop tôt de tirer toutes les conclusions de ce qui ne peut être qu’un malentendu diplomatique qui pourrait vite trouver une issue dans le même cadre (la diplomatie). Au risque de me tromper dans ma vision des choses, je demeure convaincu que le plus important, pour nous Kabyles, est de ressouder nos rangs en retrouvant notre cohésion. C’est en réussissant un tel pari que nous gagnerons en crédibilité auprès de nations plus sérieuses.

En tout état de cause nous pourrions vérifier, très vite, la sincérité ou l’insincérité du gouvernement marocain vis-à-vis du GPK. Pour être en cohérence et en conformité avec les déclarations de son diplomate à l’ONU, celui-ci ne devrait pas tarder à autoriser l’ouverture d’une représentation du mouvement qu’il soutient et accueillir sur son territoire et de manière durable ses représentants.

Pour un compromis historique entre les Kabyles

Peu importe de qui pourrait venir l’appel à une initiative salutaire pour réussir le pari de réunir tous les acteurs politiques kabyles et ceux de la société civile autour d’une même table.

Le courage pour celles et ceux qui opèrent sur la scène politique en Kabylie et au sein de la diaspora est de lancer une initiative en laissant de côté leurs ressentiments les uns envers les autres.

Aimer et défendre la Kabylie ainsi que son peuple passe, nécessairement, par le dépassement de soi en convergeant vers les siens sans le moindre préalable si ce n’est celui de la sauvegarde des intérêts de notre peuple et de l’édification d’un avenir pérenne pour les générations futures.

Ahsen NAT ZIKKI, le 18/07/2021

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