26 septembre 2020

L’autonomie de la Kabylie, est-ce le début du renoncement ?

En Kabylie le mois d’Avril a fini par être perçu comme le mois le plus propice aux des événements politiques les plus imprévisibles. Le prétexte est-on, à chaque fois, la commémoration de ce qui est convenu d’appel er le printemps berbère de 1980 auquel est venu succéder, depuis 2001, le printemps noire de Kabylie. A l’approche des ces deux anniversaires, les différents acteurs politiques s’en saisissent pour nous servir, chacun ses nouvelles recettes, puisqu’en d’autres circonstances cela risque de n’intéresser personne.

Il n’est, donc, pas étonnant de voir fuser de toute part et par profusion, des initiatives prescrivant à tour de rôle un traitement pour la « guérison de ce corps malade » qu’est la Kabylie. Il est, néanmoins, fort à craindre que certaines de ces thérapies proposées par ces « médecins » qui veillent au chevet de notre malade, ne puissent être rien d’autres que des soins palliatifs dont la finalité serait la pratique d’une euthanasie pour une mort moins éprouvante.

Plus concrètement, l’actualité autour de la situation de la Kabylie, dans toutes ses dimensions, donne à penser que des lignes sont entrain de bouger. Il n’est, donc, pas exclu que ces initiatives des uns et des autres puissent augurer d’événements qu’il conviendrait d’appréhender avec vigilance et circonspection. A l’écoute de ce qui est rapporté ici et là et des déclarations de certains, des indices apparaissent, au fur et à mesure, et qui font état de velléités persistantes qui iraient dans le sens d’un abandon progressif du projet d’un statut d’autonomie pour la Kabylie – du moins dans forme actuelle – pour lui substituer celui d’un projet d’avenir pour la Kabylie. Cette nouvelle approche d’appréhender la problématique kabyle sous les auspices du concept (avenir de la Kabylie) laisse la porte ouverte à toutes les spéculations et interprétations, dès lors, que parler d’un avenir sans en préciser, ni le contenu ni les contours, est susceptible d’induire des interrogations légitimes quant aux hypothèses que poserait cette nouvelle formulation du devenir de la Kabylie. Ce mot avenir pris dans son acception générale n’est pas forcément ce que l’on souhaite qu’il soit, c’est à dire bon et radieux. Ressasser le discours aux contours nationalistes consistant à croire, malgré le démenti cinglant apporté par les événements sanglants de 2001, qu’il n’y a pas d’autre issue pour le salut des Kabyles que celui de se fondre dans un improbable nouveau contrat nationale est une vue de l’esprit. Combien même il serait envisageable de soutenir la thèse d’un contrat national en Algérie, cela pêcherait par l’absence d’identification des parties présentes autour d’un tel contrat. Si par la notion d’un nouveau contrat national, il est supposé que les parties ainsi contractantes seraient, l’Etat algérien d’un côté et la Kabylie de l’autre, cette dernière n’a, à ce jour, aucune existence juridique et encore moins institutionnelle. Dans la configuration institutionnelle actuelle de l’Etat algérien, la Kabylie dont on use n’a pas de réalité tangible dans ce contexte nationaliste et algérianiste. Ceux des autonomistes qui croient en cette thèse gagneraient, en cohérence, en admettant que leur engagement en 2001 dans le processus du projet d’un statut d’autonomie pour la Kabylie était une erreur, de leur part, et qu’à présent leur vision pour ce projet serait un retour aux thèses nationalistes mises en avant par le passé et qu’incarnent aujourd’hui les deux partis politiques de la région.

Pour nous les partisans et défenseurs d’un projet d’autonomie pour notre région et notre peuple, la messe est dite. L’unique préalable reste la consultation des Kabyles sur la question pour consacrer et légitimer cette option. Dans ce contexte nous soutenons, à l’inverse des premiers, que c’est de l’aboutissement de l’exigence et de la réalisation de l’autonomie de la Kabylie que naîtrait le changement pour le reste de l’Algérie.

Pour paraphraser Said DOUMANE et autres participants au séminaire d’Ecancourt de mars 2002, l’idée d’autonomie pour la Kabylie n’est pas un dogme. Elle constitue l’unique voie pour sortir la Kabylie du piège dans lequel on l’a enfermée. Un autre participant, M DJEBARA, renchérit en rappelant que le temps de « la stratégie de l’effacement et/ou l’accouplement » est devenue avec les années, « inopérante ». Il poursuit en précisant que «… à l’évidence ni la stratégie de l’effacement, ni celle de l’accouplement n’ont pu venir au bout de la politique de suspicion. Tout ce qui vient de la Kabylie est suspect … ». Dans le même sillage, H BOUMEDINE ne dit rien de différent quand il assène « Le problème que pose la Kabylie avant qu’il ne soit d’ordre politique est d’abord civilisationnel. Sans une rupture radicale dans la pensée arabo-islamique qui est loin d’être à l’ordre du jour, il est illusoire de croire qu’en réglant la question du pouvoir en Algérie, les revendications de la Kabylie trouveront leur solution. »(1)

Au tour de S CHAKER d’ajouter dans d’autres circonstances « La stratégie « algérianiste » des élites politiques kabyles se révèle être une illusion dangereuse qui n’a apporté et n’apportera ni la démocratie à l’Algérie, ni la liberté et la sécurité à la Kabylie.»Et de poursuivre « Les Kabyles n’ont pas vocation à « apporter la démocratie aux Algériens », mais ils peuvent, par leur combat spécifique, contribuer à l’instauration de la démocratie en Algérie. » (2)

Ces quelques citations et bien d’autres, encore, suffiront-elles à convaincre ceux qui nourrissent des illusions de puiser dans les constantes du système algérien une solution juste et durable pour la question Kabyle ?

Aujourd’hui, dix ans après l’appel à l’autonomie de notre région, le principe et la nécessité de bâtir un projet d’avenir pour la Kabylie sont actés et ne peuvent faire l’objet d’un quelconque retour en arrière. Nous pouvons affirmer sans crainte d’être démentis que la grande majorité de notre peuple est acquise à cette cause commune. Cela étant dit, le problème n’est pas le principe lui-même mais la manière et la méthode avec lesquelles il est conduit depuis.

La tâche qui nous incombe à tous est d’être capable de parvenir à un consensus autour de la conduite de ce projet. Beaucoup d’acteurs appellent à une conférence régionale autour de cette question. Cela est possible, à la condition d’imaginer les voies et moyens et de réunir les conditions objectives pour assurer la tenue d’un tel événement.»

Ahcène Belkacemi Militant autonomiste et ex membre du MAK

(1) Actes du séminaire d’Ecancourt France, 1er, 2 et 3 mars 2002

(2) Salem CHAKER Réflexions sur l’autonomie de la Kabylie, Paris 1er juillet 2001

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