24 septembre 2020

Le drame des indigènes brésiliens déplacés

Après la rupture du barrage de Brumadinho, de nombreux indigènes ont dû se déplacer pour survivre. Rencontre avec Ângohó, leader du peuple ethnique Pataxó Hã-Hã-Hãe, atteinte du coronavirus.

Contrainte de quitter son village après la rupture du barrage de Brumadinho, Ângohó Pataxó Hã-Hã-Hãe, indigène vivant dans le Minas Gerais (sud-est du Brésil), doit à présent lutter contre le Covid-19 qui fait des ravages dans sa favela.

«Ici, dans notre quartier, 120 personnes ont été contaminées et il y a déjà eu des morts»,

dit-elle à l’AFP. Ângohó et son mari, le cacique Hayõ, ont été testés positifs au nouveau coronavirus début juillet.

Dans sa petite maison de deux pièces à Vila Vitoria, favela en banlieue de Belo Horizonte, elle souffre de fièvre, tousse beaucoup et a parfois du mal à respirer. Cinq autres membres de sa famille présentent aussi des symptômes de Covid-19. Ângohó, 53 ans, est originaire de Bahia, dans le nord-est du Brésil. Elle a connu deux fois la douleur de l’exil.

Fleuve pollué

«À Bahia nous avons été privés d’eau sur nos terres à cause des fermes d’eucalyptus établies dans les environs et nous sommes partis en quête de meilleures conditions de vie»,

raconte-t-elle, parlant lentement et avec de nombreuses pauses à cause de ses problèmes respiratoires.

Avec une vingtaine d’autres familles du peuple Pataxó Hã-Hã-Hãe, elle a parcouru plus de 1000 km pour s’établir sur les rives du fleuve Paraopeba, dans le Minas Gerais. Mais le 25 janvier 2019, la rupture du barrage de la compagnie minière Vale à Brumadinho a rejeté des tonnes de résidus toxiques dans ce cours d’eau dont les indigènes dépendaient pour survivre.

Cette tragédie a coûté la vie de près de 300 personnes et privé des centaines d’autres de leurs moyens de subsistance. Un an après, au début de cette année, Ângohó et ses proches ont décidé de partir pour Belo Horizonte, capitale de l’État de Minas Gerais.

«Nous sommes partis d’ici parce que nous ne supportions plus cette situation. Le fleuve était mort, on ne pouvait plus planter ni pêcher», déplore-t-elle.

Treize familles de son village se sont installées dans la favela Vila Vitoria, mais d’autres sont parties pour d’autres États.

«Vivre en paix»

De la terrasse installée sur le toit de sa modeste maison en briques rouges dans la favela, Ângohó contemple avec nostalgie le paysage urbain qui s’étend à perte de vue. Elle porte une majestueuse coiffe de plumes noires et blanches, et un masque de protection jaune qui reproduit les motifs géométriques de peintures sur son corps.

Certains jours, son mari n’arrive pas à se lever du lit. Elle tente de le soigner avec des remèdes traditionnels, notamment des infusions à base de gingembre, des noyaux d’avocat, de feuilles de tabac ou de romarin. Sa famille bénéficie d’indemnisations versées par le conglomérat minier Vale, qui opérait le barrage, suite à une décision judiciaire, mais le montant est selon elle «insuffisant». Des dons d’associations sont providentiels pour l’aider à survivre.

«Mais nous ne voulons pas vivre de dons. Nous savons planter, faire de l’artisanat. On voudrait juste qu’on nous rende nos terres pour qu’on puisse vivre en paix», conclut-elle.

(AFP)

 

Do NOT follow this link or you will be banned from the site!
%d blogueurs aiment cette page :