26 septembre 2020

Les 5e assises du CMA se tiendront… sur la planète Mars

Vous avez sûrement entendu parler du tollé et de la confusion qu’a provoqué la polémique concernant le lieu d’organisation de la cinquième assise du CMA. Encore une fois, les Amazighs donnent raison à ceux qui disent que l’Histoire se répète puisqu’ils reproduisent un des scénarios de leur Histoire. Si on replonge dans notre Histoire, bien que rongée par des siècles d’arabo-islamisme, on constate que cet épisode s’est déjà produit quand les Amazighs ont invité généreusement Driss à venir d’Orient pour les gouverner, comme s’il n’y avait aucune personne compétente parmi tout un peuple pour diriger l’Afrique du Nord de l’époque.

La reine amazighe Dihya, l’avait, pourtant, déjà fait avec un succès prestigieux. Le problème, à ce moment-là, était le leadership qui allait couronner Dihya en tant que chef des Amazighs. Eh bien avant l’histoire de Driss, il y avait des conflits mêlés de trahisons entre différents rois à travers l’histoire. Ce qui est un phénomène assez normal puisque les autres civilisations ont vécu de pareilles tragédies selon les époques. Mais ce qui ne relève pas de la norme est le fait que ce genre de phénomène se produise à chaque fois qu’un mouvement de renaissance amazighe apparaît.

Notre grand malheur, en fait, réside dans l’obsession de chacun à vouloir à tout prix détenir le rôle de chef même si dans tous les chantiers, les partis politiques, les pays, il y a toujours qu’un seul chef qui a la fonction de guider et d’orienter pour ne pas perdre le chemin. Les années 2000 ont marqué l’histoire moderne des Amazighs. Après que fut célébré le printemps amazigh en avril 1980, vinrent les massacres perpétrés par le pouvoir algérien contre les jeunes kabyles en Avril 2001. En effet les universités marocaines Agadir, Imtghern (Errachidya), Ameknas, Taza… ont connu des bouleversements qui donnèrent lieu à des agressions, des arrestations, des tortures orchestrées par les ennemies classiques de notre cause. Au sein des universités et au Sud-est Du Maroc, les domiciles sont violés, des étudiants agressés, torturés et écroués dans les prisons du makhzen version 2007, tout le monde a exprimé sa colère contre l’implication de l’ensemble des classes politiques, intellectuelles et médiatiques liguées comme d’un commun accord contre les Berbères.

En 2007-2008, les Amazighs ont vécu les plus pénibles moments dans leur histoire moderne après les massacres du pouvoir algériens contre les jeunes kabyles en avril 2001 ou la célébration du printemps berbère avril 1980.Le fruit de la récolte de cette pièce de théâtre est que 20 étudiants croupissent toujours dans des prisons marocaines et le pire, c’est que d’autres étudiants attendent encore leur verdict à Ameknas. Et pas loin de Meknas au « Maroc Inutile », la liberté d’expression et de manifestation se paie à coups de jugements fallacieux et d’incarcérations inacceptables. Dix détenus politiques ont été condamnés jeudi 21 février 2008 par le tribunal de Warzazat, à un total de 34 ans de prison. Suite à l’affaire du Soulèvement Noir « Tagrest Taberrkant » de Bumal-n-Dades et des manifestations à Warzazat qui ont eu lieu du 19 décembre au 06 janvier 2008. À Sidi Ifni chez les Amazighs Ayt Baamran c’est le même scenario…

Malgré les manifestations qui ont été organisées pour les soutenir et réclamer leur libération, la situation reste la même. Et aussi scandaleux que cela puisse paraître, pendant que des détenus politiques amazighs qui ne bénéficient d’aucun soutien financier ni moral, d’autres détenus issus d’autres tendances sont gâtés par certaines ONG dites de droits humains, qui vont jusqu’à être privilégiés en obtenant leur libération auprès des Nations Unies ou grâce à des ONG telles qu’Amnesty International qui vont jusqu’à défendre les détenus islamistes. Mais nous, Imazighen, quel péché avons-nous commis ? Ne sommes-nous pas, nous aussi, des êtres humains ?

N’évoquons pas la succession au pouvoir du parti le plus amazighophobe de l’Histoire, désormais, hélas, à la tête de gouvernement marocain depuis plus d’un an et dont le bilan est contesté par la masse populaire marocaine. Cette prise du pouvoir accélère, bien entendu, la politique d’arabisation que ce parti a initié, bloquant tout projet lié à la réhabilitation de tamazight et mettant en exergue davantage la provocation de l’être amazigh, partout, à l’école, dans les médias panarabistes racistes…

Face à cette situation, et vu le climat politique local, régional et mondial, on pense qu’une organisation amazighe politique nationale et internationale est nécessaire pour défendre nos droits et intérêts, et mettre fin aux agressions des autres puisque les États-Unis et les Nations unies ne soutiennent que les pays qui ne parlent que la langue des pétrodollars. Nous, les Berbères, nous n’avons rien à vous donner pour nous défendre, toutes nos richesses sont déjà exportées et volées au nom de la citoyenneté et la fraternité impossible. Devant cette situation critique, tout le monde est concerné quand enfin agir pour notre unification dans tous les niveaux et tendances. Ici, je lance un appel pour déclencher un mouvement par tous les berbéristes. Si les panarabistes “politiciens” au pouvoir ont déjà lancé des initiatives pour regrouper afin de nous avaler et nous absorber le « cas du mouvement pour tous les démocrates », et si les islamistes ont lancé le même projet d’unification pour renforcer leur base l’exemple du mouvement pour tous les islamistes qui se préparent dans les coulisses, alors nous, on s’entredéchire, on se divise même si on est déjà affaibli sans détenir aucun pouvoir ni être appuyé par aucun lobby sans soutien national et international. Ce mouvement – initiative doit toucher tous les mouvements ou associations berbères. Ce regroupement vise à absorber les obstacles qui reportent à chaque fois le projet social amazigh d’une génération à l’autre. Il est grand temps de s’unir et de créer un mouvement unificateur en vue de défendre nos intérêts sur la sphère politique au lieu de passer notre temps à créer des conflits qui nous divisent encore davantage, contribuant au ralentissement de la réhabilitation de tamazight. N’oublions pas notre responsabilité dans le drame dont nous sommes victimes…

Revenons au sujet de la 5e assise du congrès mondial amazigh 2008 pour éclaircir certaines choses. En 2005, on a clairement dénoncé le fait que la tenue du congrès mondial amazigh se déroule à Nador et sur Tamazgha vue la situation catastrophique des Berbères sur leur terre. Alors le fait d’organiser ce congrès au Maroc qui interdit encore les prénoms berbères, qui emprisonne ses jeunes étudiants et mineurs, qui folklorise encore notre culture sur ses chaînes de télévisions et qui bloque d’autres projets audiovisuels, qui arabise notre langue en l’enseignant avec des professeurs arabisés en l’emprisonnant dans une graphie incertaine, en adoptant la caractère Tifinagh, qui interdit la constitution des parties politiques et dérangent les activités culturelles des associations amazighes … est un cadeau offert au régime qui augmente les points en faveur de l’état marocain auprès des Nations unies et auprès des instances internationales ce qui va démentir et contredire automatiquement les réclamations et les plaintes prises contre l’état marocain au sujet des droits de l’homme dans notre pays. Organiser un congrès amazigh à Tamazgha ne fait qu’arranger les régimes arabistes, quelque part, puisque ce serait une manière de prouver aux Amazighs et aux Nations unies qu’ils font énormément d’efforts pour faire en sorte que nous bénéficions dans les meilleures conditions de la liberté de réunion et d’association. Les Amazighs ne font que donner des faveurs aux régimes arabistes qui les gouvernent. Au lieu de chercher à dévoiler la véritable image de ces états racistes, nous leur offrons des fleurs.

Si les membres du conseil fédéral du CMA qui soutiennent que les assises du congrès se tiendront à Meknès sont accusés d’être manipulés par des gens bien placés auprès du makhzen, les membres de conseil fédéral du CMA qui soutiennent que les assises du congrès doivent se dérouler à Tizi-ouzou sont également accusés de faire de la politique pour le gouvernement algérien puisqu’un vote a eu lieu avant de décider pour Ameknas. Et si quelques membres pointent du doigt l’organisation du makhzen, pourquoi donc persistent-ils à rester au sein de cette organisation, donc entre les mains du makhzen et sans rien réclamer durant toutes ces années ? Ou alors s’agit-il de la fin de la fête ? Il ne reste que des miettes du gâteau ? Ou bien c’est le moment pour montrer aux pouvoirs marocain et algérien qui l’un de vous a le pouvoir de démarrer et arrêter le moteur du mouvement amazigh au niveau international ?

Celui qui mange du pain chez le makhzen en faisant une telle profession, en soutenant des initiatives douteuses en faveur de notre cause n’a pas le droit de parler de la chose makhzénienne. Seuls les gens qui se méfient du makhzen et qui y sont allergiques disposent de ce droit. Soit on boycotte ce makhzen une fois pour toute et passer au pire, soit on se calme en réfléchissant à la manière dont il faut agir pour nous unir et nous diriger ensemble sur la scène politique, en créant notre lobby chez ce makhzen comme les autres lobbies ont déjà fait. Mais le résultat est que nous n’avons gagné aujourd’hui, après des années de sacrifice, que la misère et les forums Internet pour s’entre attaquer et rendre les comptes derrière des pseudos anonymes.

Désorientés, frustrés et n’ayant plus peur de rien, nos jeunes n’hésitent pas à prendre le risque de se noyer dans la Méditerranée pour échapper à leur triste sort. En effet, ne bénéficiant d’aucune perspective d’avenir, les jeunes de l’Afrique du Nord inutile sont forcés de quitter la terre de leurs ancêtres pendant que la clique qui dirige leur pays joue avec des projets qui coûtent des milliards. Les régions berbères vivent encore dans une époque moyenâgeuse et archaïque, isolées sur tous les plans, sans bénéficier des droits les plus élémentaires et vivant pour ne pas dire « survivant » dans des conditions de vie indignes. Au moment ou dans d’autres endroits de Tamazgha, des groupuscules et autres organismes financés par l’État s’amusent à gérer des milliards de centimes dans le cadre de l’organisation des festivals et autres manifestations officielles dévalorisant les Amazighs quand ils y sont invités. Et pendant que nos familles et villages amazighs tentent de lutter contre la misère de leur vie, des zoos se construisent grâce à l’enveloppe budgétaire d’un milliard de centimes.

Parallèlement, les représentants et dirigeants de la seule ONG amazigh internationale passent leur temps à se battre pour des broutilles en évoquant, chacun à leur tour, les fameux statuts, le règlement intérieur, le palmarès, les comptes… Comme si les Amazighs devaient en plus supporter ces gamineries. Les Amazighs, les vrais, sont dans nos campagnes et dans nos montagnes. Ces authentiques gens attendent de vous de la modestie, du sérieux et de l’ambition. Ils n’attendent pas de vous ces guerres de clans qui ne font que plonger notre cause dans le chaos. Pensez, pensons, d’abord aux premiers concernés, à savoir nos frères et sœurs amazighs ruraux et montagnards qui sont loin de tout ce brouhaha que vous avez provoqué et que les arabistes applaudissent avec plaisir. Ces Amazighs authentiques attendent que des sauveurs viennent à leur secours, des sauveurs unis, sans instincts et avec dignité, et non des semeurs de désordres sans aucun scrupule ni principes.

Ce n’est pas la première fois que les Amazighs sont manipulés et ils le seront à vie, mais est-on capable de contrecarrer la volonté du makhzen même si c’est lui-même qui nous unit et qui nous manipule ? C’est sur cette question essentielle qu’il faut se pencher et non les débats stériles qui rongent de plus en plus la virtuelle « unité amazighe ». Si cette unification n’est pas au nom de la cause et les principes qu’on partage alors qu’elle soit au nom des ennemis qui applaudissent et se moquent de votre situation actuelle ; des gens qui se battent et se disputent pour des bagatelles.

Alors on est en droit de s’interroger sur la gouvernance d’un éventuel État amazigh quand on constate que des agissements sauvages rongent l’unité des Amazighs : que se passerait-il si les Amazighs réussissent à fonder leur État ? Aurions-nous droit à des guerres civiles et autres trahisons pour le leadership ? Inviterions-nous un autre Idriss ou bien un gladiateur romain pour vous rendre la couronne et la légitimer ?

Il faut avouer que les pages des journaux qui décrivent avec un immense plaisir la situation des Amazighs et de l’ONG censée les représenter puent la honte et l’humiliation. De même que ce qu’est devenu le militantisme amazigh à savoir une tenue à porter chaque fois que le match est en vente.

Pour conclure, le fait de planter le prochain congrès du CMA à Ameknas ou à Tizi Ouzou importe peu et relève normalement d’une question secondaire, et d’organisation et non d’une question politique. La véritable question qui mérite d’être posée est : que veut le CMA ? Quel est son bilan ? Et que veut faire le CMA à l’avenir ? Car il s’agit de l’avenir des Amazighs dont il est question ici. Si les membres fédéraux ou l’organisation ont le courage et la volonté d’instruire des dossiers et de porter plainte contre les états panarabes de l’Afrique du Nord auprès des instances internationales, la cour de justice internationale de La Haye (Pays-bas), auprès des États-Unis via le Congrès, de l’Union Africaine, de la Russie, de la Knesset israélienne, des Pays Basques, de l’Amérique Latine et auprès de l’Union Européenne, alors que le Congrès se déroule à Ameknas ou à Tizi Ouzou ou même dans l’espace. Le fond prime sur la forme et non le contraire. Si le CMA ose porter plainte contre l’État algérien au sujet des massacres du Printemps Noir, et contre la Libye pour ses massacres, agressions et intimidations des tribus et militants amazighs, contre le Maroc pour les nombreuses violations des droits de l’homme amazigh et les agressions subies par les militants amazighs emprisonnés pour avoir défendu leur langue, alors que ces 5e assises se déroulent au bord même du Nil à Siwa en Égypte.

Je tiens à ajouter que je ne soutiens personne dans cette « affaire » car les personnes qui ne vont pas apprécier ces lignes vont les interpréter dans le sens qu’il les arrange, en affirmant que par cet article, je souhaite, moi aussi, devenir le prochain précisent du CMA.

Omar Zanifi
Asif n Dades Warzazat Sud-est du Maroc

 

 

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