Les amours de ma mère

La première fois que j’ai revu ma mère amoureuse, depuis la mort de mon père, c’était de l’inspecteur Barnaby de Midsomer Murders. L’inspecteur Barnaby est un gentleman pour toutes femmes à cheval sur les qualités essentielles d’un homme. Barnaby est beau, doux avec une voix assurée. Il a les attributs de l’homme qui se précipite pour aider sa femme à mettre son manteau. Ma mère fut emportée dans le tourbillon de l’amour. Au début, je ne pouvais comprendre cet attachement à ce charmant monsieur. Puis, je dois avouer que je me suis résigné à avoir l’inspecteur Barnaby comme beau-père. Aller vivre à l’Ile de Guernesey ne m’aurait pas dérangé.

Et puis un jour vint Da Amar…

Avec l’arrivée de Berbère Télévision, sur l’écran de ma mère, vint Da Amar comme un jouet dans un paquet d’Omo ou dans un repas pour enfants chez Mc Donald.  Da Amar présentait une émission de jardinage sur BRTV. Il parlait des plantes comme on parle des muses au large des îles grecques. Ma mère fut envoutée par ce Kabyle qui portait le prénom de son mari et des moustaches identiques. Le plus, elle comprend ce qu’il dit. C’est la bonne recette pour un amour éternel.

Ainsi ma mère fut prise dans les sillons de l’infidélité. Elle passait le matin avec Da Amar puis vers 14h00, elle s’éclipsait vers l’ile de Guernesey. Si pour l’inspecteur Barnaby, elle regardait uniquement les images, avec Da Amar ; c’était un coup de foudre immédiat. Il l’avait ensorcelée avec ses poèmes qui font fondre les femmes kabyles.

Quoi qu’elle fasse, son heure avec Da Amar était sacrée.  Comme BRTV patine dans la répétition de ses programmes, ma mère pouvait regarder Da Amar sans se lasser pendant des heures.

On pouvait la surprendre confirmer les paroles de son amoureux et sombrer dans les louanges kabyles : « ad ihrez rebbi Ta3bot i ki ddyurwen ! » (Que Dieu préserve le ventre qui t’a donné naissance !)

Un tel compliment de la part d’une femme kabyle vaut son pesant en sang et en sueur.

Hmimi O’Vrahem

error: Content is protected !!