23 septembre 2020

Les Kabyles ne seront jamais de bons musulmans

Les Kabyles (en Kabylie) sont restés profondément païens. L’islam est une très fine couche déposée, il y a longtemps, par le maraboutisme et n’a aucune incidence ni sur la vie quotidienne, ni sur la culture kabyle en général. Cette fine couche de vernis islamique n’adhère pas bien à la mentalité rugueuse du Kabyle et peut craquer à tout instant. Elle a d’ailleurs toujours craqué sans que la société kabyle ne s’en alarme, ni ne prenne de dispositions sérieuses pour punir les contrevenants. Certains appellent cela de la tolérance, mais en vérité c’est un je-m’en-foutisme à peine caché.

Les Kabyles ne se présentent jamais en protecteurs de l’islam. Une acceptation d’un minimum islamique a été nécessaire pour avoir la paix et la société n’a jamais été disposée à aller plus loin que ce minimum négocié avec les missionnaires marabouts.

Dans les petites villes de Kabylie, aux abords des grands axes routiers, le mode de vie kabyle (surtout agraire) s’est perdu et les gens remplissent le vide par une pratique islamique ostentatoire mimée sur les Algériens des grandes villes. C’est un phénomène de mode passager qui finira par s’estomper car il n’a rien de profond. Les Kabyles n’ont jamais pris au sérieux les religions monothéistes qu’ils trouvent au fond monotones et simplistes. J’ai eu le plaisir de relire deux ouvrages de Makilam dernièrement et j’ai relu avec attention les monographies des missionnaires et scientifiques français qui se sont intéressé à la culture et à la spiritualité kabyles. J’y ai retrouvé tout ce que j’ai vécu et ce que vivent encore les gens de mon village. Il n’y a vraiment rien à faire. Les Kabyles ne seront jamais de bons musulmans, à moins de les arabiser. En réalité, les Kabyles sont aussi musulmans que les Saoudiens sont démocrates.

Le régime algérien s’en est aperçu bien avant moi. Ce qui explique cet acharnement à poursuivre le projet d’arabisation partout en Algérie, pour faire croire que ce ne sont pas seulement les Kabyles qui sont visés. Des gens comme l’internaute Mahomerde sont en Kabylie par centaines de milliers. J’en ai toujours connu partout en Kabylie. Ils ne dérangent personne et leur existence est perçue comme nécessaire, voire indispensable pour que l’islam comprenne qu’il ne sera jamais hégémonique en Kabylie. Comme il n’y a ni téléphone ni internet dans 99% des villages kabyles, les internautes pensent que les Kabyles de Kabylie sont différents des internautes de Kabyles.net.

J’ai vécu une courte période où les marabouts jouissaient encore d’un peu de prestige, de pouvoir magique et même de pouvoirs politiques dans la société kabyle. Jusqu’aux années 1960 et fin des années 1970, il n’était question ni d’amazighité, ni de kabylité dans la société kabyle, à part dans un cercle très restreint d’intellectuels vivant à Alger notamment. Les Kabyles du peuple n’avaient aucune conscience de leur amazighité, encore moins de leur kabylité. Cet obscurantisme et cette ignorance crasse étaient l’œuvre des marabouts justement. Ils quadrillaient toute la Kabylie à l’aide d’un système de valeurs islamiques parallèle aux systèmes de valeurs ancestrales des Kabyles. La lutte entre les deux systèmes de valeurs était sourde et était souvent à l’avantage des marabouts. Seuls les réflexes de survie de la société kabyle permettaient aux valeurs ancestrales de résister aux contre-valeurs islamiques que les marabouts essayaient d’implanter avec moult ruses et manipulations mentales.

Jusqu’au début des années 1980, date d’apparition d’universitaires francophones kabyles en grand nombre, le peuple kabyle était analphabète, ignorant jusqu’à leur existence de groupe et ce, par la grâce des marabouts et autres suppôts de la France coloniale et de l’arabisme impérialiste naissant en Algérie.

Le véritable éveil a été grâce aux jeunes kabyles francophones de l’université de Tizi-Ouzou et d’ailleurs après coup. Bien sûr, il y avait parmi eux de nombreux jeunes d’origine maraboutique, mais ils n’étaient pas là en tant que marabouts et déjà, en 1980, le mouvement maraboutique était presque totalement éteint. Il n’était plus gardien de la morale islamique en Kabylie et ne dictait plus sa justice islamique quand celle du Kabyle faillit. Faire passer le mouvement maraboutique pour un mouvement révolutionnaire en Kabylie est le comble de la manipulation.

Les Kabyles sont aujourd’hui soulagés que le pouvoir politique des marabouts ait disparu et que leur soi-disant magie ait été démystifiée, révélée comme relevant de l’ignorance pure et simple des pauvres paysans illettrés. En vérité, les marabouts étaient les pires obscurantistes qui existaient en Kabylie. Même la paysannerie kabyle analphabète avait un semblant de spiritualité, alors que les marabouts n’étaient que duperie, roublardise et manipulation des esprits (surtout des pauvres vieilles désespérées). Ceux qui essaient de faire passer les marabouts pour de paisibles soufis plus intéressés par la vie céleste que la vie terrestre se foutent aussi de nous. Les marabouts étaient tout simplement des promoteurs du mahomerdisme en Kabylie. Des militants. Ils en ont profité pour s’en mettre plein les poches et la panse, mais ce n’est pas ce que je leur reproche le plus.

Arilès, 16 décembre 2012

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