27 octobre 2020

Lettre à Emmanuel Roblès

à Emmanuel Roblès2
« Alger, 26 décembre 1959
Cher ami,
Merci pour ta lettre que nous attendions avec impatience. Elle a en effet rassuré les enfants qui tous ont tenu à la lire. Je sais pourtant qu’il ne s’agit pas de plaisanterie. J’ai été assez naïf jusqu’ ici pour que croire qu’on ne me chercherait pas querelle d’Allemand mais je vois bien qu’il me faut déchanter. Tu avais lu la lettre à X ; Il en a reçu une deuxième, -en même temps que moi et de la même écriture. On continue à le menacer poliment, on lui dit “vous”, on lui dit “monsieur”. On voudrait le supprimer ou l’empêcher de “nuire”, on le menace et on l’avertit à la fois. Moi, on m’a vu une fois à une réunion où j’ai cru pouvoir parler librement. Mais pourquoi cette haine ? Crois-tu qu’il soit nécessaire de commettre un crime pour être victime de ces gens-là ? Ils ne peuvent pas me voir, un point c’est tout. Il est donc clair que sur la liste des bicots à supprimer je dois figurer en bonne place, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Nous resterons tous ici, bien entendu, et tout sera affaire de destin. Tu agiras en cas de pépin. Qu’on laisse ma famille déménager tranquillement. Tu t’occuperas des manuscrits. Mais ne t’en fais pas ; je ne me laisserai pas avoir comme un lapin. Nous verrons. Je vous embrasse tous affectueusement. » Mouloud Feraoun, Lettres à ses amis

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