Lettre ouverte au Président Hocine Aït Ahmed

Pouvons-nous limiter les dégâts avant qu’il ne soit trop tard ?
Étant militant depuis 1998 du parti de Front des Forces Socialistes et qui a rejoint cette structure par intime conviction des principes, des idéaux et de sa ligne politique, et en tant que membre du Comité d’éthique et membre du Conseil national du parti, j’ai le regret, car je crois qu’il est nécessaire et de mon devoir à cause de votre histoire révolutionnaire et votre lutte depuis 1963 pour construire un parti fort, qui sera un havre sûre et d’espoir pour tous les Algériens, de tirer la sonnette d’alarme de manière ferme avant qu’il ne soit trop tard pour ne pas dire qu’il est déjà trop tard.

Exposition de la situation :

L’observateur de la scène politique nationale est choqué par l’absence totale du FFS de cette dernière, alors qu’il était le puissant parti d’opposition qui comptait sur le terrain et qui brillait par ses propositions et solutions des crises qui secouaient le pays. Nous citerons comme exemple le Contrat National de Rome (Sant’ Egidio) et la judicieuse et intelligente manœuvre de retrait des élections présidentielles de 1999.

Nous constatons actuellement une diminution du rôle du parti durant ces dernières années, pour ne pas dire une disparition de toute activité, malgré l’état de désespoir et les conditions difficiles que vit la majorité des Algériens, avec ces tensions et ces mouvements de protestation en divers points du territoire national : Annaba, El Oued, Alger, Tébessa, Tiaret, etc. Tout comme devant l’entêtement du pouvoir à verrouiller les libertés fondamentales du citoyen et la fermeture de tous les espaces d’expression, le secrétaire national du parti n’a pris aucune position pratique sur le terrain dont on pourrait se rappeler, se contentant d’insulter et d’invectiver tout le monde et plus particulièrement à travers les chaines satellitaires à l’occasion des élections présidentielles, ce qui a donné une image honteuse de l’opposition et plus particulièrement du parti. Quant aux mouvements de protestation des citoyens, cela ne semble intéresser personne, comme si cela se déroulait sur une autre planète et quand on sait que Diar Echems, lieu d’un mouvement populaire de contestation qui a duré plusieurs jours, n’était qu’à 500 m du domicile du 1er secrétaire du parti. Tout cela a fait que la crédibilité du parti et sa riche histoire ont connu un net recul dans les différentes régions du pays.

Quant à la situation interne du parti, le désastre est plus grand depuis l’arrivée de M. Karim Tabbou à la tête du parti. Son unique travail et sa seule préoccupation était de savoir comment contrôler tout le monde et tous les faits dans le parti par tous les moyens possibles même policières et staliniens. Cela est devenu patent plus particulièrement après l’organisation du 4e Congrès où il œuvra à exclure tous les opposants à ses pratiques policières et toute personnalité ou cadre du parti qui se hasarderait à lui adresser la moindre critique et cela en utilisant toute une panoplie d’accusations préfabriquées :- Accusation d’agent du DRS, non-respect du règlement intérieur, non-respect du 1er secrétaire national du parti…

Et ainsi sous couvert et sous prétexte de la protection du parti des agents infiltrés et des destructeurs, il œuvra à vider le parti de ses cadres.

Avec le temps, il composa son équipe de flagorneurs qui n’étaient intéressés que par la présence de leurs noms sur les listes électorales et plus particulièrement comme têtes de liste, brillant par leur flatterie et leur allégeance envers le chef absolu Karim Tabbou.
Ce qui est arrivé à Ghardaïa n’est que la continuité de la politique de la terre brûlée que poursuit le 1er secrétaire au sein des fédérations de Tizi-Ouzou, Boumerdés et d’Alger. Le tour de la fédération de Ghardaïa est arrivé et tout le monde peut témoigner qu’elle est l’une des fédérations les plus actives en dehors de la capitale et de la Kabylie. Elle était à la pointe dans l’encadrement des mouvements pacifiques de protestation, la réclamation permanente des droits des citoyens et dans sa présence auprès des citoyens face à toutes leurs tracasseries quotidiennes. Et pour cela les témoignages des citoyens à l’échelle nationale et du 1er secrétaire lui-même en sont une preuve. Cet activisme de notre fédération provoquera un harcèlement policier et judiciaire depuis plusieurs années et la prononciation de multiples et sévères verdicts contre nos militants, leur seul crime étant leur appartenance au FFS. Parmi ces affaires de harcèlement, nous citerons le cas Babanadjar. Puis les autorités locales feront actionner leurs larbins au sein de la société (les notables connus sous le nom de A’ayanes) pour exercer une pression sur nos militants et en créant de toutes pièces, des dizaines d’affaires contre eux. Dernièrement l’autorité locale actionnera des repris de justice et des drogués pour coller des chefs d’inculpation aux militants comme c’est le cas du Dr Kameleddine Fekhar dans l’affaire de l’incendie du fourgon de police. Et l’apogée de ce combat inégal entre David et Goliath, sera le choix par le 1er secrétaire national de ce moment précis (au profit de qui ?) pour tenter de détruire la fédération de Ghardaïa et de salir l’honneur de ses militants. C’est ainsi que le siège de la fédération a été l’objet d’une attaque en règle de la part de repris de justice et de drogués connus dans notre région comme étant des indicateurs de police. Tout comme nos militants ont fait l’objet d’agressions physiques caractérisées à l’intérieur du siège ayant provoqué de multiples blessures, au vu et au su des services de sécurité qui n’ont pas intervenus qu’après une demi-heure et malgré que le barrage fixe se situait à cent cinquante mètres du siège du parti !!

Après plus d’un mois des faits, pas un seul participant à l’agression n’a comparu devant les autorités judiciaires, malgré la présentation par le Dr Fekhar d’un certificat d’arrêt de travail de 20 jours délivré par le médecin légiste et malgré la présentation par les militants encerclés au sein du siège et témoins oculaires des faits de listes avec les noms des agresseurs. Tout comme la police judiciaire n’a accepté d’enregistrer la plainte qu’après de longs palabres et quatre jours après les faits, sous prétexte qu’ils avaient une correspondance du secrétariat national du parti datée du 19 août 2010, soit un mois avant la réunion du Conseil National du FFS, les informant de la dissolution de la fédération de Ghardaïa !!!

Malgré que le 1er secrétaire national fût informé dès les premières minutes de tous les faits et de la grave évolution de la situation, le silence absolu fut sa seule réponse aux appels de détresse des militants agressés et cernés dans un premier temps. Puis il donnera l’ordre à des citoyens n’ayant aucune relation organique avec le parti, en dehors de trois d’entre eux, de salir la réputation des militants en travestissant et falsifiant les réalités, pour que cela concorde avec les rapports de police et des larbins des autorités locales. C’est ainsi que les militants victimes de cette agression sauvage et avec la complicité de la police, se verront accusés d’atteinte à un lieu sacré qu’est la mosquée !!

Malgré avoir adressé des rapports détaillés des événements au secrétariat national et à vous-même (je ne sais pas s’ils vous ont été parvenus ou non ?), le 1er secrétaire n’a pas daigné dénoncer cette agression contre le siège et contre les militants qui affrontaient la mort à l’intérieur du bâtiment, jusqu’ à ce jour.

Il refusera même de discuter le principe de demander des excuses aux militants dépités de son silence assourdissant et étrange, lors de la réunion de la session ordinaire du conseil national dernièrement en date du 17 septembre 2010. Cette attitude a provoqué le retrait de la majorité des membres du conseil national représentant la fédération de Ghardaïa. Cela rappelle ce qui s’est passé à la section de Berriane et son étrange silence très suspect et ce, après l’assassinat du 1er secrétaire de la section de Berriane, feu Kerrouchi Omar, la destruction du local et l’arrestation de la majorité des militants lors des événements de Berriane, connus de par le monde.

Monsieur le Président,
Avez-vous désigné à la tête du parti un automate comme l’illustre la fiction connue de Frankenstein ? Car au lieu d’insuffler un souffle nouveau et pousser les forces de notre parti par le jeune universitaire Karim Tabbou, il s’avère peut-être que des facteurs externes non prévus initialement, sont entrés en compte. Le POUVOIR ? Le DRS ? L’amour de la présidence ? Les ambitions démesurées ? Ces facteurs l’ont transformé en monstre cruel, autoritaire et malade psychologiquement. Il tente de tout contrôler et de commander tout le monde, et de détruit tout ce qu’il ne peut contrôler – au profit de qui ? -. Il a réussi à créer le vide autour de lui et du FFS. Du plus vieux et puissant parti respecté, il en a fait un cadre vide tout comme les partis microscopiques qui occupent la scène politique algérienne.

La question cruciale qui se pose est de savoir s’il reste encore un temps salutaire pour agir ou est-ce que Tabbou s’est emparé de sa proie (le parti) et ne la lâchera jamais.

Vous lui avez accordé toutes les prérogatives et toute votre confiance mais vous lui avez laissé le champ libre pour s’accaparer de tous les centres de décision dans le parti et pour fermer tous les canaux de communication avec vous. Ainsi le contact avec le Président d’un parti populaire est devenu quasi-impossible. Et ainsi notre parti est devenu son otage et il n’attend que le moment propice pour devenir Président.

En conclusion, Monsieur le Président, nous nous permettons de faire quelques propositions de solutions et nous pensons que si elles sont prises en considération rapidement, elles permettront au parti de retrouver son autorité, son prestige et sa place sur la scène nationale, mais aussi hâteront le retour au bercail de ses militants fidèles et sincères qui l’ont quitté et qui continuent à le quitter par centaines après avoir été victimes des comportements inhumains et indécents du 1er secrétaire national. Et les derniers étant les militants de la fédération de Ghardaïa.

Ces propositions sont :
Nous vous demandons avec insistance de rentrer en Algérie dans les plus brefs délais pour prendre en main le parti.

L’ouverture d’une adresse électronique (E-mail) propre à vous pour permettre à tout militant ou citoyen de prendre directement contact avec vous sans intermédiaire.

La réhabilitation des personnalités et cadres du parti compétents exclus et l’ouverture d’un large débat avec tous les militants et sympathisants dans le cadre d’une véritable conférence de réconciliation au sein de notre parti.

La fermeture des portes à tous les opportunistes en gelant toute participation à toutes les élections jusqu’à la levée de l’Etat d’urgence, et l’instauration d’un véritable régime démocratique.

Redonner au parti son rôle de leadership national et ce, en s’ouvrant à tous les citoyens et à toutes les citoyennes sincères et aux personnalités propres et respectables et dont la crédibilité ne souffre d’aucun doute et sans conditions préalables, si ce n’est le respect d’autrui dans sa diversité, de la démocratie, des droits de l’homme et de la tolérance, afin de créer un Front dont le rôle essentiel est d’agir en vue d’un changement radical de ce régime gangréné, d’améliorer les conditions des citoyens et d’éviter au pays une désastreuse explosion populaire, qui, s’il elle devait se produire, serait alors incontrôlable.

Signée :
D. Kameleddine FEKHAR, Ghardaia, 22 septembre 2010
Écrivain et militant pour la démocratie
Et militant pour la défense des droits de l’homme
Téléphone: 0560221110
Kameleddine.fekhar @ yahoo.fr

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