21 octobre 2020

Massinissa Guermah : Mardi 18 avril 2001, une rafale dans la brigade de gendarmerie…

Vendredi 20 avril 2001. Il est 08 h 15 quand Mohamed Guermah, dit Massinissa, rend l’âme à l’hôpital Mustapha Bacha d’Alger. Opéré dans la soirée, le jeune homme âgé de 19 ans, n’a pas survécu à ses graves blessures contractées trois jours plutôt dans une brigade de gendarmerie de Beni Douala, en Kabylie. Sa mort sera le prélude à une révolte qui embrasera la Kabylie pendant plusieurs jours  et qui fera plus d’une centaine de morts. Qui a tué Massinissa Guermah ? Dans quelles circonstances ? Dix ans après sa mort, DNA refait l’enquête sur ce crime qui embrasé la Kabylie.


Beni Douala, mardi 18 avril, 18h30. Quatre personnes, arrivées à bord d’une Renault Laguna, se présentent au siège de la brigade de gendarmerie pour porter plainte pour agression et vol contre des jeunes d’un quartier situé prés du lycée, à 200 mètres en contre bas.

Le chef de brigade ordonne à trois gendarmes de se déplacer sur les lieux pour s’enquérir de la situation. Plutôt que de s’y rendre à bord de leurs véhicules de service, ils s’engouffrent dans la Laguna pour établir le constat.

Dans le petit appartement de la famille Guermah, Massinissa révise ses courts en prévision des examens du bac. Lorsqu’il entend des cris venant de l’extérieur, il sort en compagnie de sa mère pour s’enquérir de la situation.

Sur place, les gendarmes coursent des jeunes du quartier. Meraket Koceïla est le premier à être interpellé. Il est conduit à la brigade. Ensuite, c’est autour de Massinissa d’être interpellé pour rejoindre Koceïla dans les bureaux de la gendarmerie.

Il est presque 19 heures. Les deux jeunes hommes attendent d’être présentés au chef de la brigade. Merabet Mestari un des gendarmes qui a participé à l’interpellation de Massinissa et de Koceïla est dans la salle d’attente. Son arme, une Kalachnikov, est sur lui, le cran de sureté levé, balle au canon.

L’arme est-elle tombée par terre, a-t-elle échappé de la main du gendarme, a-t-il appuyé par inadvertance ou a-t-il sciemment tiré, toujours est-il qu’une première rafale gicle. Trois balles sortent du canon. Trois percutent le sol, l’une d’elles touche le gendarme Benferdi Mounir au pied.

Merabet Mestari appuie sur la détente. Une deuxième rafale gicle. Massinissa reçoit trois balles qui lui hache les jambes. Grièvement touché, il s’écroule. Le sang coule abondamment.

Les gendarmes posent des garrots sur les cuisses de Massinissa pour tenter de stopper l’hémorragie. Les blessés sont alors évacués vers la polyclinique de Beni-Douala.

En ce début de soirée du mardi 18 avril, la clinique est presque déserte. Les médecins de garde s’occupent autour d’une veille femme prise d’une crise d’angoisse quand une procession de gendarmes arrive sur les lieux. Massinissa est état de choc. Il répète : « J’ai peur, j’ai peur de mourir…»

Le médecin de garde, une femme, tente de stopper l’hémorragie. Un officier lui demande de s’occuper de son collègue, Benferdi Mounir, blessé au pied.

Le médecin lui réplique sèchement mais calmement : « Je suis désolé, le cas de ce jeune homme est beaucoup plus grave que celui de votre collègue. Il risque de mourir. Ne vous inquiétez pas, on s’occupera également de votre ami.»

Mais les blessures de Massinissa sont trop graves pour être prises en charge par une petite clinique. Le fémur de la victime est presque sectionné et l’artère fémorale coupée. Les médecins urgentistes décident de le transférer en urgence à Tizi Ouzou, distante de quelque 17 km.

Hôpital central de Tizou Ouzou. Massinissa est pris en charge par une équipe de chirurgiens. Khaled Guermah, le père qui rentrait d’un voyage, fonce vers l’hôpital.

Sur place, il veut voir son fils. Bien que celui-ci soit grièvement blessé, il reste encore conscient. « Papa, je ne sens plus mes pieds. Papa, est-ce que je peux encore marcher ? Papa, ils m’ont tué. Papa, je ne sens plus mes jambes », dit Massinissa à son père qui le prend dans ses bras.

Malgré tous leurs efforts fournis par l’équipe médicale, celle-ci constate son impuissance à prendre en charge le patient. Les blessures sont trop graves, et la victime a perdu beaucoup de sang. S’il n’est pas transféré vers Alger, il risque de mourir. Le pronostic vital est déjà engagé.

Décision est donc prise de le transférer vers Alger, à l’hôpital Mustapha, l’un des plus importants de la capitale.

Massinissa subit une nouvelle opération dans la nuit du jeudi 19 avril. Vendredi 20 avril, il rend l’âme à 08h 15. Il sera enterré lundi 23 avril dans son village natal.

La mort de Massinissa déclenche de violentes émeutes qui embraseront la Kabylie des mois durant.

Marabet Mestari, le gendarme auteur des coups de feu sera jugé plus d’une année plus tard par un tribunal militaire. Il sera condamné à deux ans de prison.

Six coups de feu, mille et une versions

Marabet Mestari, le gendarme auteur des coups de feu qui ont tué Massinissa Guermah, livrera plusieurs versions sur ce qui s’était passé à l’intérieur de la brigade de gendarmerie de Beni Douala le 18 avril 2001.

Devant le juge d’instruction militaire de Blida, il déclare avoir appuyé sur la détente « sans se rendre compte », et qu’il tenait de sa main droite son arme non sécurisée et armée, balle au canon, « alors qu’il l’ignorait ».

Ses trois collègues présents sur les lieux au moment de la tuerie livreront des témoignages différents et contradictoires au même juge.

Le gendarme Mourad Fouad déclare que « le pistolet-mitrailleur du gendarme Mestari Merabet a glissé de son épaule et au moment où il tentait de le récupérer, il a appuyé sur la détente, d’où la rafale… ».

Le gendarme Merzoug Youcef déclare n’avoir pas vu l’arme glisser de l’épaule de Mestari.

Le gendarme Rouabah Rabah n’a pas vu « le mouvement de chute de l’arme ».

Le 20 juin 2001, l’auteur des coups de feu livre une nouvelle version des faits aux experts en balistique .Voici sa version des faits :

« Mon arme était accrochée à mon épaule droite et la bouche du canon était pointée vers le sol. En conduisant la victime vers le banc qui se trouve en face de l’entrée de la salle, subitement l’arme s’était glissée (sic) de mon épaule. Lorsque j’ai voulu la réajuster une rafale de 6 cartouches s’était déclenchée dont 3 ont occasionné des blessures sur mon collègue qui se trouvait à la droite ..; et les 3 autres sur la victime qui était à ma gauche ».

Lundi, 18 Avril 2011, Farid Alilat, DNA

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