18 septembre 2020

Récit réel d’une histoire fictive

– Saliha, écoute, nous ne pouvons pas baisser les bras. Nous devons lutter, comme d’autres l’ont fait avant nous.
– Tu as bien raison, réplique Saliha, mais commençons petit à petit, ne faisons pas de vagues. Tu vois le café de Taddart ? Que remarques-tu ?
– Aucune présence féminine… Aucune interdiction n’est officielle, mais les hommes ne toléreraient jamais que des femmes aillent “profaner” et “souiller”, par leur présence, ce capharnaüm qui leur sert de café.
– Hakima, on le fera.
– faire quoi ?
– prendre un café à la terrasse !
– Tu es folle ? As-tu perdu ton esprit ? Les livres que tu lis ont complétement corrompu ta conscience, ressaisis-toi ma belle !
– Ce sont les minorités qui font les révolutions, et ces mêmes minorités drainent du monde et deviennent la majorité. On ira prendre ce café ; nous casserons le tabou et d’autres femmes nous suivront surement, jusqu’à ce que la présence féminine ne devienne qu’une simple banalité.
– Si tu le dis… Mais de toute façon, tu es ma sœur, je te suivrai toujours, y compris dans tes sombres folies, répond courageusement Hakima.

Ainsi ces deux courageuses femmes kabyles ont entrepris le long et âpre chemin de la révolution.

Le jour suivant, audacieuses, elles ont osé. Assises en terrasse, demandant un Jus d’orange et un café, le serveur a hésité un moment avant de prendre leur commande. Les hommes, de l’intérieur du café, les fusillaient du regard, l’air de dire « quelles sont ces putes ? ». Pour certains d’entre eux, l’honneur de taddart a été bafoué. Taqvaylit, brisée, cassée en mille morceaux. Mais personne n’a osé leur adresser la parole.

Le lendemain, elles sont encore revenues, mais avec deux autres copines à elles. Les jours qui ont suivi, un groupe d’étudiantes est venu également prendre place dans le café. La révolution en marche. De jour en jour, le nombre de femmes côtoyant ce fameux café a pris une terrible importance. Malgré les ragots et les médisances des gens, cela n’a nullement dérangé ou affecté le propriétaire, car il était ouvert d’esprit, mais également parce que son chiffre d’affaire s’est décuplé.

Jusqu’ici, la révolution a marché. Saliha et Karima ont réussi leur coup. Mais… Taddart n’a pas dit son dernier mot. A tout juste 23 jours de leur début de révolution, taddart s’est réunie afin de fermer, de force, le café, car selon taddart, ce lieu est devenu UN BORDEL. Par contre Taddart ne procédera jamais à la fermeture des vrais bordels. Plus grave encore, Taddart désigne souvent les patrons des lieux de débauches comme  » Chef de village ».

Sur ce, FCK TADDART.

K. D. 4 mars 2020

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