Réhabiliter la vérité sur le conflit arabo-israélien

Conflit arabo-israélien première partie.

Si un extra-terrestre atterrissait sur notre planète et qu’il allumait la télévision ou la radio, il arriverait rapidement à la conclusion que la Terre est une planète paisible et que tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si ce n’était pour les problèmes causés par un pays illégitime et responsable de tous les conflits du Proche-Orient, un pays coupable des pires violations des droits de l’homme, un pays de sadiques qui aiment la guerre et qui prennent plaisir à occuper militairement des peuples sans défense et à tuer leurs enfants. Ce pays, c’est Israël.

Il n’y a bien sûr aucun rapport entre la réalité et la façon dont elle serait perçue, à travers les médias, par cet extra-terrestre. Le problème est que ce fossé entre la réalité et la façon dont elle est perçue ne concerne pas seulement cet extra-terrestre imaginaire. Elle concerne les centaines de millions de personnes bien réelles qui regardent la télévision, écoutent la radio, lisent le journal, et surfent sur Internet. Et le problème est que la représentation imaginaire et mensongère de la réalité a un impact sur la façon dont les gens agissent sur cette réalité. C’est parce que la propagande nazie réussit à convaincre les Allemands que les juifs œuvraient dans le secret à la destruction de l’Allemagne que l’Holocauste a eu lieu.

La propagande est une arme à la fois redoutable et imperceptible. Comme le disait Victor Hugo :

« On résiste à l’invasion des armées, on ne résiste pas à l’invasion des idées. »

Et pour reprendre la formule de Mark Twain :

« Un mensonge peut faire le tour du monde pendant que la vérité se met en route. »

Autrement dit, les idées peuvent être plus fortes que les tanks, et elles n’ont pas besoin d’être vraies pour atteindre leur cible. Joseph Goebbels, le chef de la propagande nazie, l’avait bien remarqué à son époque. Il disait :

« Lorsqu’un mensonge est énorme, il suffit de le grossir encore plus et de le répéter incessamment, et les gens finissent par le croire. »

En 1989, la revue militaire américaine Marine Corps Gazette publia un article intitulé « Fourth Generation War ». [1] Selon cet article, la première génération de la guerre était une guerre de bataillons où les soldats s’affrontaient directement. La deuxième génération était une guerre d’artillerie. La troisième génération était une guerre de contournement de l’ennemi et d’effondrement de sa base arrière. La quatrième génération consiste à appliquer la tactique de la troisième génération au niveau psychologique. Autrement dit, à vaincre l’ennemi en convaincant sa population qu’elle est dans le tort et qu’elle ne peut pas gagner.

Il ne s’agit pas là d’une simple théorie universitaire qui n’a jamais franchi le pas de la tour d’ivoire. Figurez-vous que lorsque les troupes américaines envahirent l’Afghanistan après le 11 septembre, elles trouvèrent une copie de cet article dans la grotte de Tora Bora, où se cachait al-Qaida. Et en février 2002, Abu Ubeid al-Qurashi, l’un des proches collaborateurs de Bin Laden, publia un article dans le journal Al Ansar dans lequel il expliqua qu’al-Quaida avait adopté le principe de la guerre de quatrième génération pour vaincre les États-Unis.

En fait, al-Qaida n’a fait que reprendre à son compte une tactique qui avait déjà réussi au moment de la Guerre du Vietnam. Comme l’expliqua le général vietnamien Giap :

« En 1968, il devint évident que je ne pouvais pas vaincre les 500.000 troupes américaines déployées au Vietnam. Et je ne pouvais pas vaincre la septième flotte avec ses centaines d’avions. Mais je découvris que je pouvais gagner la guerre par la télévision en servant chaque soir aux Américains des images qui les convaincraient de cesser la guerre. »

Les écrits de Giap furent traduits en 1970 par l’OLP, qui excella à mettre la théorie en pratique avec la première guerre du Liban. Par exemple, le 10 juin 1982, le directeur du Croissant Rouge palestinien fit circuler l’”information” aux agences de presse internationales selon laquelle 600.000 Palestiniens étaient devenus sans abris durant les premiers jours de la guerre, alors même qu’il y avait 300.000 réfugiés palestiniens dans la zone des combats. L’OLP diffusa également la photo d’un enfant palestinien criblé de balles, une photo qui fit le tour des média. Or cette photo s’avéra être un faux.

Même chose lorsque Arafat lança sa guerre terroriste à l’automne 2000. L’Autorité palestinienne distribua en septembre 2000 une photo aux agences de presse internationales montrant un soldat israélien avec une matraque et un jeune homme au visage ensanglanté. Cette photo fut publiée en première page du New York Times avec le sous titre : « Un policier israélien et un Palestinien sur le Mont du Temple. » Là aussi, il s’agissait d’un montage. Derrière le policier israélien, on peut voir une inscription en Hébreu disant “station d’essence.” Comme vous l’imaginez, il n’y a pas de station d’essence sur le Mont du Temple. Quant au Palestinien soi-disant tabassé par le policier Israélien, il s’agissait d’un jeune juif américain de Chicago qui étudiait à la Yeshiva en Israël. Le New York Times s’excusa d’avoir publié ce photomontage sans vérifier ses sources, mais le mal était fait.

Par Emmanuel Navon, professeur de sciences politiques à l’Université de Tel Aviv.

A suivre

par Albert Soued ⋅ jeudi 14 janvier 2010

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Notes

[1] “La guerre de la quatrième génération“.

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