28 octobre 2020

Rien que pour la sauvegarde de notre existence… !

Un triste spectacle

Les citoyens et les militants sincères pour la cause du peuple kabyle observent avec tristesse le spectacle auquel se livrent les amis d’hier, que pourtant tout paraissait unir. C’est à croire que le sort qui nous est réservé consiste en un retour cyclique de la division et de l’émiettement. Pourtant, 2001, cette année de sang et de larmes vécue par notre peuple dans la douleur, n’est pas loin pour s’adonner aujourd’hui au luxe de s’entre-déchirer à la veille de la tenue du 2ème congrès du MAK que tout le monde considère comme décisif. Inutile de revenir sur les causes profondes qui minent nos rangs. Nous en avons beaucoup et tellement disserté que nos mises en gardes diverse et répétitives ont fini par perdre toute efficacité auprès de nos concitoyens. Il est également inutile de chercher un coupable, idéal ou isolé, pour justifier notre faillite politique, car nous portons chacun, sans exception, une part de responsabilité dans les différentes crises, anciennes ou nouvelles. Cette responsabilité se caractérise diversement, par le silence ou la complaisance des uns, par la démission ou la fuite en avant des autres, ou encore par tout cela à la fois pour certains.

Les racines du malaise sont donc profondes et se trouvent ancrées en nous-mêmes, dans nos façons d’être et de faire. C’est pourquoi il n’est pas aisé de les extirper d’un revers de main ou d’un trait de plume. En effet, nous n’avons jamais su prendre le temps de procéder suivant des logiques éprouvées par tous et efficace partout. C’est alors l’éternel recommencement, et nous repartons à chaque fois à zéro. Comment désormais retrouver nos traces une fois perdus dans nos errements incessants, sinon en soumettant à l’analyse critique notre propre cheminement et nos différents piétinements ?

Il est venu le moment…

Le moment d’essayer d’agir autrement, de nous mettre vraiment à construire efficacement et durablement est peut-être venu. Nous l’espérons en tout cas. Face à la dangereuse crise qui secoue ces derniers jours le mouvement, il est urgent de retrouver notre sang froid pour éviter un énième traumatisme aux populations qui lui sont acquises. L’autonomie de la Kabylie -nous l’avons dit en son temps – n’est pas une simple affaire d’ambition politique. Par conséquent, il n’est pas possible de continuer à l’appréhender avec autant de légèreté comme elle l’a été jusqu’à présent. Il y va du devenir historique de tout un peuple, de ses valeurs, de ses espoirs. Il importe à chaque instant de ne pas perdre de vue l’essentiel, pour éviter de se noyer dans l’accessoire des détails: il y a un seul impératif auquel doivent se soumettre les Kabyles qui croient dans la justesse d’un avenir pour eux et leur patrie. Notre objectif unique, c’est d’arracher un statut de large autonomie pour nous-mêmes et nos enfants. On le savait, ce n’est pas une entreprise aisée. Cette tâche sera justement d’autant moins facile que nous ne cessons de nous étriper les uns les autres depuis toujours et aujourd’hui encore.

Le nécessaire respect des engagements pris devant nos citoyens

Pour résorber la crise actuelle, quelques mesures urgentes nous paraissent nécessaires. D’abord, une commission de médiation composée de gens épris de sagesse et de bonne volonté doit être mise sur pied pour circonscrire le feu qui nous cerne de partout avant qu’il ne transforme en véritable incendie. Ensuite, cette même commission, ou une autre, aura pour mission de dresser un état des lieux de la situation qui prévaut. Son but sera d’entreprendre les démarches à même de rapprocher les positions des uns et des autres, tout particulièrement à l’intérieur du MAK, où règne un flou total, si l’on juge par la teneur des communiqués contradictoires dans lesquels chaque camp tente de faire prévaloir sa légitimité par rapport à l’autre. Une telle initiative aura pour mérite de créer les conditions sereines, objectives et réalistes pour s’acheminer vers la tenue du 2ème congrès comme le stipule les statuts du mouvement. De tout cela, sortira une nouvelle direction. Cette dernière donnera une nouvelle dynamique à l’action politique future.

Chacun constate aujourd’hui que le consensus autour de l’autonomie de la Kabylie s’est fragilisé. Les raisons en sont multiples. Elles ne résident pas, forcément, là où nous croyons. Il est certain en tout cas que nous en avons largement préparé le lit avec nos querelles répétitives, plus ou moins médiatiques. Il est urgent d’arrêter les chicanes puériles. Depuis un an, des personnalités s’activent heureusement ici et là pour sortir du statut-quo. Il existe dans ce sens des initiatives collectives et parfois individuelles dont les auteurs ont souligné l’utilité pour donner un nouveau souffle à notre projet d’autonomie. Chacun de ces acteurs ressent la nécessité de remettre l’ouvrage sur le métier si nous voulons. Contre la désintégration du MAK

Avec le MAK et GPK, tout récemment, ces personnalités convergent dans leur vue sur la nécessité d’aller vers une conférence régionale sur l’avenir de la Kabylie, pour certain et la tenue d’un congrès national kabyle, pour d’autres. Mise à part la formulation et les mots employés, il est clair que l’esprit reste le même.

En gardant cette idée en point de mire, l’urgence du moment, encore une fois, porte donc finalement sur la nécessité de colmater les brèches ouvertes au sein du MAK pour aller sereinement vers son congrès, loin de toute influence externe à ses structures. Les deux camps qui se prévalent, chacun, d’être plus légitime que l’autre, gagneraient en crédibilité en se soumettant aux résultats qui sanctionneront ce congrès. Procéder ainsi consiste en fait à acter le principe de l’alternance pacifique et démocratique. Prenons conscience qu’il n’y a personne, en dehors des Kabyles, qui volera à notre secours. Si nous sommes seuls et uniques, c’est donc par nous-mêmes, notre sagesse, notre sincérité et notre autocritique que nous arriverons à régler nos conflits pour vaincre l’adversité.

Méditons bien cet adage kabyle : «je n’aime peut-être pas mon frère, mais je n’admettrai pas non plus qu’il soit agressé par quiconque ».

Ahcène BELKACEMI, Militant autonomiste

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