24 septembre 2020

Said Faci grand kabyle laïc

On reconnaitre ici un rebelle : il ne va pas à la mosquée, il ne fait pas le Ramadan … heureux les martyrs qui n’ont rien vu !

« … Saïd Faci annonce l’écrivain Mouloud Feraoun et son fils du pauvre. Une enfance identique en Kabylie, endurance, frugalité, une terre qui nourrit à peine ceux qui la travaillent, même goût pour l’école et les valeurs de la République, une République juste, la République coloniale décevra l’un et l’autre, la même vocation institutrice, ils sont formés à l’École Normale de Bouzaréa à Alger.

Saïd Faci fait l’écrivain public dans son village. Il ne sera pas écrivain.

Instituteur, il est nommé “instituteur-adjoint indigène” dans un village des Hauts Plateaux. Territoires du Sud sous-administration militaire. Humiliation “instituteur indigène”. Humiliation lorsqu’un officier français lui demande de le saluer militairement. Il refuse. Premier geste de résistance. Le jeune instituteur n’accepte pas les cadeaux des familles, il ne va ni au café maure ni à la mosquée, il manque de civilité et de piété. Reproches du Caïd. On apprend qu’il ne suit pas le ramadan, il mange et il fume. Transgression insupportable au Bureau arabe, aux notables musulmans, aux parents. L’officier Français du Bureau arabe lui conseille d’être un bon musulman. Saïd Faci s’affirme “instituteur laïque” et “libre penseur”, il ne sait pas lire et écrire l’arabe. Scandale. »

En 1904, nouveau poste dans un village Kabyle. Il passe pour révolutionnaire.

« À l’époque, un instituteur indigène qui, comme moi, voulait régler sa vie en dehors de son milieu d’origine ne pouvait être qu’un esprit dangereux. »

Saïd Faci souffre des discriminations de l’Administration à l’égard des indigènes. Habillé à l’européenne, il porte une chéchia, le coiffeur « Je ne fais pas de clientèle arabe ». Pour les musulmans, Saïd Faci est un “renégat”, pour les Européens un “bicot”. Le marabout lui reproche de porter le costume des infidèles. L’instituteur lui répond qu’il défend “la religion du bien”. Vexations diverses de l’administration de la commune mixte. Il décide de demander sa naturalisation pour échapper à cet état de sujet « un Français a le droit de commander à un indigène » lui dit son directeur. Enquête. Mésaventures. Jusqu’au 9 juin 1905 où il est déclaré citoyen Français.

En 1906 il est nommé à Bordj-Bou-Arréridj en Kabylie. Instruire les indigènes est pour lui une mission. Désormais il travaille à la défense des opprimés « “les pouilleux”. Durant 20 ans, il est membre de la Ligue des Droits de l’Homme. Nombreux sont les “indigènes instruits” qui travaillent à la Ligue. On les traite “d’indigènes bolcheviks”. Démêlés avec sa hiérarchie parce qu’il se bat contre les injustices : il gagne, les fonctionnaires algériens obtiennent les mêmes indemnités de vie chère que les fonctionnaires de métropole.

Secrétaire syndical, Saïd Faci poursuit son combat pour l’émancipation et “l’ assimilation des indigènes”. Il fonde une revue La Voix des humbles en 1922. Pour lui, une élite indigène instruite peut jouer “un rôle civilisateur” si elle obtient le statut de citoyens pour les indigènes et si elle renonce aux préjugés et aux croyances ancestrales de la communauté qui entravent sa marche vers la modernité. Il écrit « Le statut de musulman n’est pas incompatible avec le progrès ».

L’opposition acharnée du colonat contre l’instruction de tous les indigènes et contre la citoyenneté pleine et entière accordée aux indigènes aura raison contre ces “hommes frontières” dont parle l’historienne Fanny Colonna, ces « instituteurs algériens d’origine indigène » comme les nomme Saïd Faci, ces instituteurs musulmans laïques que furent mon père, ses amis Mouloud Feraoun, Khelladi, Nouar, Berkani…

Saïd Faci meurt en 1949. Il avait quitté l’Algérie pour le Sud-Ouest de la France. Il n’était pas à Sétif, Guelma… en mai 1945, pour assister aux prémices de la Révolution algérienne. A-t-il pressenti à travers les divers mouvements nationalistes algériens ce qui arriverait en 1954 ? »

Ce texte est de l’écrivain Franco-Algérienne Leila Sebbar qui comme l’écrivain Assia Djebar eut pour père un instituteur de l’École Normale de Bouzaréa durant la période coloniale.

Repose en paix Mass Said FACI, l’Algérie officielle t’enterre comme elle séquestre les ossements des héros de la libération, même le peuple kabyle, mithridatisé, ne te connait pas, mais un jour viendra, comme on a redécouvert Mohand Said Lechani, on lèvera le voile sur ton nom et un jour il figurera au fronton d’un édifice en Kabylie, en Oranie, là où il activa tant, où ailleurs, au sud-ouest de la France par exemple.

Kahina Imadghassen

Publié précédemment le 2 aout 2013

 

 

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