Que faire demain en cas de recolonisation ?

Harkis d’hier, harkis d’avant hier …

« Le langage utilisé par les ’’langues au marché’’, sur les chemins et tous autres lieux populaires fréquentés par la masse ne peut pas être confondu avec le langage des plumes et du papier, des cahiers et des études, bref d’une élite. »

Abdelhamid Ben Badis, citation d’après Gilbert Grandguillaume dans son livre sur l’arabisation en Algérie.

Cette notice qui suit sur Ben Badis, principal dirigeant des ouléma d’Algérie est extraite de l’ouvrage de l’historien Benjamin Stora : Dictionnaire biographique des militants nationalistes algériens. [1]

Ben Badis Abdelhamid (1889-1940) est né à Constantine en 1889, il appartient à une célèbre famille patricienne tôt ralliée à la France ! Son père, délégué financier et membre du Conseil supérieur, était bachagha et grand dignitaire de la Légion d’honneur !! [2]

Après qu’il eut achevé ses études à la Zitouna de Tunis, il ouvre en 1911 une école à la mosquée verte de Constantine. En 1914, A. Ben Badis accomplit un pèlerinage à la Mecque, visite les grandes villes d’Orient et choisit de vivre à Tunis durant toute la Première guerre mondiale.

Converti par ses premiers maitres à l’islah, pénétré de l’influence réformiste et nationaliste de la Zitouna, son prestige de dirigeant de l’association des oulémas est déjà très grand lorsqu’il lance en 1925 Al Muntaqid journal national indépendant, agissant pour le bonheur du peuple algérien avec l’aide de la France démocratique, la revue est interdite et remplacée par Al Chihab (novembre 1925), journal publié régulièrement jusqu’en 1939. Il mourut en 1940 quand son aura se répandit dans toute l’Algérie. Ici s’arrête la notice de B. Stora.

Je m’interroge, ici, sur le mensonge par omission, des autorités algériennes qui falsifient l’histoire qu’elles enseignent à leur peuple, peuple considéré comme mineur, qui reste sous leur tutelle et qui ne peut que recevoir pour viatique une histoire relevant plus du mythe que de la réalité :

En effet, on se souvient de cette photo du « colonel » Boukharrouba, alias Boumediene : en arrière-plan, figurent deux photos : celle de l’émir Abdelkader et celle de Abdelhamid Ben Badis.

Le premier s’est vu érigé une statue en plein centre d’Oran par le colonisateur français, en signe de reconnaissance à celui qui est devenu son grand ami, le second a eu son nom attribué à une multitudes d’édifices publics dans l’Algérie post-1962, et le 16 avril, jour de sa mort est devenu : Youm El Ilm : la journée de la « science » !
Qu’une famille qui pratiqua la collaboration avec l’occupant français dés le début et partant, garda ses biens et la vie sauve des siens jusqu’à recevoir l’honneur de la légion du même déshonneur, qu’une telle ignominie soit soigneusement cachée aux Algériens est révélateur du degré de pourrissement de l’élite intellectuelle autoproclamée dés 1962.

La résistance de El Mokrani-Aheddad en 1870, elle acheva de ruiner la Kabylie et une bonne partie des régions du pays qui y prirent part, cette résistance-là, est évoquée du bout des lèvres : à part un lycée d’Alger portant le nom d’El Mokrani, on cherchera vainement le nom du Cheikh Aheddad donné à quelque édifice que se soit ! Ils furent expropriés et bannis en Nouvelle Calédonie !

Évoquant son père Augustin, qui écrivit sur l’aristocratie d’épée algérienne, Jacques Berque rappelle que tout ce qui resta des El Mokrani, se fut un arrière descendant, travaillant comme … épicier à Alger !!

Si seulement El Mokrani s’était abstenu de résister ! ses biens seraient préservés, son statut aussi et qui sait ? ses descendants auraient inscrits leurs noms comme résistants d’épée (pistolet) ou de plume, comme le « petit » Abdelhamid !

Terminons par ce couplet du regretté Al Anka : « Loukan yardjaa listiimar, nahkilou wesh dar fiya listiklal » traduction : « si le colonialisme revient, je lui raconterai ce que j’ai subis de l’indépendance ! »

Kahina Imadghassen

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