Traite des vieilles filles !

Un vieux kabyle perd sa pauvre épouse, une octogénaire. Ses enfants, qui vivent très loin, ont tous accouru au village. Une fois les funérailles célébrées une question se pose : Qui va s’occuper de leur père ? Un père âgé, malade et incontinent !

Avec sa sagesse et sa kabylité reconnues dans toute la vallée, l’aîné des frères proposa de marier leur vieux papa !

Quand j’ai entendu cette nouvelle, j’ai pouffé de rire !! Naïf que je suis ! Car quelques semaines après, on maria l’ancêtre avec une vieille fille qui n’avait jamais réussi à trouver un mari durant sa jeunesse. Dépassée par le temps, ayant plus de 60 ans, sans ressources, ses frères trouvèrent une occasion de s’en débarrasser.

Attention il ne faut pas exagérer ! Il n’y a pas eu de fête, ni de célébration de noces, simplement un jour les voisins se sont retrouvés avec une nouvelle voisine et la vie continue.

La pauvre femme profita généreusement du confort de son nouveau mari, elle ne manqua de rien. Les enfants du papi venaient lui rendre visite chaque fin de semaine les bras pleins de victuailles. Ils venaient aussi pour s’assurer que la nouvelle marâtre prenait bien soin de leur père.

Pendant des années la pauvre femme s’occupa du papi, elle le nourrissait, le lavait, l’accompagnait aux latrines, le torchait jusqu’au jour où ce dernier rendit l’âme.

Ce jour-là, elle pleura chaudement car au retour de l’enterrement, l’aîné invita sa marâtre de circonstance à ramasser ses affaires et à quitter la maison.

Penaude, la pauvre femme, tassa ses maigres affaires dans un grand drap qu’elle bascula sur son dos et pris le chemin vers la demeure de ses frères. Ces derniers lui réservèrent l’accueil qu’on a l’habitude d’accorder à une divorcée, une veuve ou pire encore une vieille fille !

Ceci est juste la péripétie d’une femme dans le monde merveilleux de la kabylité et de “nnif del horma” !

PS : C’est une histoire vraie, vous connaissez surement des histoires analogues.

Personne dans le village ne peut dire si le papi a consommé son mariage.

La pauvre femme mourût une dizaine d’années après et aucuns des rejetons de papi n’a daigné déposer des fleurs sur sa tombe pour tous les services rendus !

Moh Ath Kaci, 6 décembre 2021