29 octobre 2020

Être comme l’âne de Buridan

Cette expression signifie « être indécis. Hésiter entre deux parties et ne pas choisir ». Elle fait référence à une fable que l’on attribue au philosophe médiéval Jean Buridan (1292 – 1363), philosophe français, docteur scolastique, fut l’instigateur du scepticisme religieux en Europe. Il fut, en Occident, le redécouvreur de la théorie de l’impetus, vers 1340. Son nom est plus fréquemment connu pour l’expérience de pensée dite de l’âne de Buridan.

Ce serait lors d’un discours, portant sur la difficulté de faire un choix sur le bien qui semble le meilleur, qu’il illustra ses propos par la fable de l’âne qui, perdu dans le désert, mourait de faim et de soif. Il se retrouve un jour face à deux seaux, l’un d’avoine, l’autre d’eau, placés à égale distance de son museau. L’âne ne sait par lequel commencer. Avait-il soif ou faim ? Cette indécision lui fut fatale. Hésitant affreusement, ne sachant que choisir, entre son picotin d’avoine et son seau d’eau il est mort de faim et de soif, faute de ne pas savoir par quoi commencer.

Voici le sophisme qui a contribué à sa célébrité :

« Il supposait cet âne, également pressé par la soif et par la faim, embarrassé entre un seau d’eau et une mesure d’avoine, placés à égale distance de lui. »

Aux yeux du philosophe cette situation donnait une preuve que l’âne jouissait comme nous de son libre arbitre, c’est-à-dire qu’il avait acquis la faculté de choisir après examen, puisqu’il pouvait se tourner d’un côté comme de l’autre.

Montaigne, dans ses Essais (livre II, chapitre 14), exprime la même opinion :

« Entre une bouteille et un jambon avec un égal appétit de boire et de manger, il n’y aurait pas sans doute d’autre chance que de mourir de soif et de faim, n’y ayant aucune raison qui nous inclinât à la préférence. »

On ne peut, à proprement parler, faire de ce cas de figure un paradoxe logique ; il s’agit plutôt d’un cas d’école de dilemme poussé à l’absurde.

Ce paradoxe inspira Voltaire:

« Connaissez-vous cette histoire frivole
D’un certain âne illustre dans l’école ?
Dans l’écurie on vint lui présenter
Pour son diner deux mesures égales,
De même force, à pareils intervalles;
Des deux côtés l’âne se vit tenter
Également, et, dressant ses oreilles,
Juste au milieu des deux formes pareilles,
De l’équilibre accomplissant les lois,
Mourut de faim, de peur de faire un choix.»

 

 

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